Est-ce la gratuité qui va tuer la presse ?
Publié en mars 2009. Par Jean-Louis de Montesquiou.
Non, le net n'est pas l'assassin de la presse ! Il pourrait même en être le sauveur, en lui permettant de renaître, toute régénérée et revitalisée, sous la forme numérique. Ce qui risque par contre de tuer la presse, c'est la gratuité.
Non, le net n'est pas l'assassin de la presse ! Il pourrait même en être le sauveur, en lui permettant de renaître, toute régénérée et revitalisée, sous la forme numérique. Ce qui risque par contre de tuer la presse, c'est la gratuité.
Pas tellement les « gratuits » eux-mêmes, que le président Sarkozy a récemment chargés de tous les maux de la presse française, mais plutôt le fait que le Web « est tombé dupe de la croyance que l'information doit désormais être gratuite », d'après Walter Isaacson, le patron de Time Magazine (1). Les dégâts que cette conception naïve et généreuse a déjà provoqués sont phénoménaux. « Le succès de l'information gratuite, que ce soit sur Internet ou avec la presse gratuite, menace l'équilibre économique des rédactions […] La presse économique payante est de plus en plus menacée… » constate tristement l'Institut Montaigne dans son rapport sur le sujet (2).
« Car pourquoi payer pour quelque chose que les concurrents offrent gratuitement ? » demande Walter Isaacson , « Je me sentirais complètement crétin de le faire ! » . Et les systèmes « à deux vitesses » - une offre gratuite, une offre payante de meilleure qualité (« freemium ») - ont bien du mal à fonctionner, d'autant qu'avec un peu d'astuce on peut retrouver gratis via les moteurs de recherche l'article que l'on est supposé payer. Et comme si ça ne suffisait pas, on déniche ici et là dans les recoins du Web des sites de piratage (je ne vous indiquerai pas lesquels) où l'on peut se procurer presque toute la presse payante, papier ou autre ! On ne peut donc complètement écarter le risque d’une « Napstérisation » de la presse (du nom du site de musique gratuite, Napster.com, qui a failli régler son compte à l'industrie du disque).
Le problème, c'est que l'on voit se dessiner un cercle vicieux implacable : moins la presse papier peut investir dans un journalisme de qualité, moins il y a de lecteurs ; et moins il y a de lecteurs, moins on peut recruter de bonnes plumes et les envoyer aux quatre coins du monde… « Depuis un certain temps, analyse James Surowiecki (2), les lecteurs ont vécu dans le meilleur des deux mondes : ils ont bénéficié de tous les avantages de la presse traditionnelle, bien profitable - reportages très fouillés, rédacteurs excellents et ainsi de suite - mais en payant les frais bas prix de la presse d'aujourd'hui. En fait, cette situation est intenable. Tôt ou tard nous allons en avoir vraiment pour notre argent - et nous allons découvrir combien ça donne droit à peu ! ». Et il conclut : « En d'autres mots, le problème pour les journaux, ce n'est pas l'Internet, c'est nous ! ».