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La bibliothécaire de la fin du monde

« Comment la dernière génération saura-t-elle qu’elle est la dernière génération ? ». «Quels produits manqueront en premier quand les supermarchés seront dévalisés ? ». « Comment sauver les abeilles ? ». Lizzie, la narratrice de Weather, roman bref et drôle de l’écrivaine new-yorkaise Jenny Offill, répond à ces questions le plus sincèrement possible. Bibliothécaire, elle aide son ancienne professeure et mentor à traiter le courrier des auditeurs de son podcast à succès « Enfer et montée des eaux ».

L’angoisse par petites touches

« Si Offill s’était contentée de construire son roman autour de cette correspondance, Weather aurait aussi été génial. Mais elle ne s’est pas arrêtée là, bien sûr, et elle adopte ici la même structure que dans le roman qui l’a fait connaître en 2014 Bureau des spéculations », note Jake Cline dans The Washington Post. La narratrice se dévoile ainsi par petites touches au fil de paragraphes dépassant rarement les deux phrases et évoquant tour à tour une entrée dans un journal intime, un poème, une citation ou un fragment de conversation. Leur légèreté est trompeuse. Entre les lignes s’insinue, « la crainte de quelque chose qui arrive ou va arriver, quelque chose dont la dimension vous dépasse » explique Offill dans un entretien accordé au quotidien britannique The Guardian.

Du loyer au réchauffement climatique

Car à force de répondre aux questions des bobos écolos et des collapsologues, Lizzie en vient elle aussi à être persuadée que la fin du monde est proche. Son angoisse est renforcée, par l’élection de Donald Trump et la perspective d’une guerre civile. Mais comment s’y préparer quand il faut aussi payer le loyer, s’assurer que son enfant n’a pas oublié son goûter, renouveler son assurance santé, porter à bout de bras un frère fragile psychologiquement…

Weather « pourrait être qualifié de fiction pré-apocalyptique. Il n’y a pas de catastrophe planétaire, de survivants héroïques ; il n’y a pas d’horreur apparente. Au lieu de cela, le roman appartient au Brooklyn du quotidien », estime The Guardian. « La grande réussite d’Offill est d’avoir saisi l’angoisse propre à notre époque », ajoute la critique new-yorkaise Heller McAlpin sur le site de la radio publique américaine NPR. Pour autant, le roman, comme sa narratrice, ne se laisse pas aller au pessimisme ou à l’apathie. « Weather est un livre trop fin pour cela », remarque Cline.

À lire aussi dans Books : L’enfer, c’est demain, février 2020.

LE LIVRE
LE LIVRE

Weather de Jenny Offill, Knopf, 2020

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