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« Books » fluctuat nec… ?

Chers lecteurs, le temps passe et les temps changent. Vous nous avez suivis avec une grande fidélité, pour certains ­depuis le lancement de Books, en décembre 2008. Bientôt douze ans ! Vous nous avez soutenus, parfois très concrètement, à l’occasion des deux campagnes de financement participatif que nous avons menées ou encore par des dons, via l’association Presse et Pluralisme. Hélas, pour parodier Romain Gary, le ticket de Books n’est plus valable. Non pas le concept, qui a fait ses preuves et dont on peut souhaiter qu’il perdure, mais le modèle économique.

Ce modèle, je l’ai mis en œuvre à une époque aujourd’hui révolue. Il s’agissait, dans la grande tradition des magazines papier, de tabler sur trois types de recettes : la vente au numéro, la publicité et les abonnements. Suivant l’évolution générale de la presse écrite, la vente au numéro a baissé et les recettes publicitaires se sont effon­drées. Seuls les abonnements se sont maintenus. Et, en l’espace d’un an, nous avons subi une triple peine : les grèves de décembre-janvier, la pandémie de Covid-19 et la faillite de Presstalis, le principal distributeur de presse en France.

Nos actionnaires les plus fidèles, qui sont des amis et des mécènes que je ne saurais jamais remercier assez, ne peuvent plus suivre. Au ­moment même où ce numéro vous parviendra, Books sera placé en redressement judiciaire, en quête d’un repreneur. Si aucun ne se manifeste, l’entreprise sera liquidée. La marque sera peut-être reprise, mais ce qui en sortira ne sera plus le Books que vous avez connu.

La vraie question est aujourd’hui de savoir si le concept de Books conserve sa validité et justifie un nouveau départ fondé sur un modèle économique entièrement repensé. On pourrait juger que non. En commentant l’arrêt de la ­revue LeDébat, début septembre, son fondateur, Pierre Nora, décrivait ainsi l’ère dans laquelle nous sommes entrés : « L’archipélisation de la société, l’enfermement de chacun dans sa propre identité, la naissance de nouvelles radicalités sourdes à l’argumentation, à la discussion, à la raison. » Nous assistons à une « atomisation des curiosités » favorisée par la « généralisation du numérique », ajoutait-il. On ne saurait mieux dire. Nos lecteurs le savent, ces tendances de fond ont été régulièrement analysées par Books, depuis le premier numéro.

Pierre Nora observait également : « Nous ne servons pas une “cause”, une idéologie, une poli­tique. » C’est aussi le choix de Books. Un choix audacieux par les temps qui courent : si l’on met de côté les titres spécialisés, seuls les organes partisans tirent leur épingle du jeu. On peut cependant affirmer que Books, comme Le ­Débat mais de manière différente, sert une cause : celle du bon usage de l’esprit critique. Marcel ­Gauchet, l’âme du Débat, avait d’ailleurs contribué à notre numéro 100, tout entier consacré à ce sujet. Mais Books n’est pas une revue d’idées au sens français du terme. C’est un magazine d’inspiration internationale, fondé sur le croisement des regards que permet l’analyse des livres ­parus dans le monde. Un magazine de l’actualité profonde, muni d’une grille de lecture transversale volontairement détachée des modes de lecture de la presse et des revues françaises. Un maga­zine présent sur Internet aussi, avec 25 000 abonnés à ses newsletters. Il n’y a pas de raison de penser que le concept de Books soit périmé. Puisse un repreneur innovant et déterminé, rompu aux techniques du numérique et des réseaux sociaux, relever ce défi : faire fructifier le concept de Books en l’adaptant aux tropismes de ce nouveau monde. 

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