Bush contre Ben Laden : zéro partout

Revenant sur dix années de « guerre contre la terreur », un journaliste américain révèle à quel point les deux camps ont accumulé les bévues.

Comment donc la puissante Amérique a-t-elle pu connaître coup sur coup la tragédie du 11-Septembre puis le double déboire irakien et afghan ? Dans The Longest War, le spécialiste d’al-Qaida Peter Bergen lève un nouveau coin du voile – et même deux. Car, dans « ce nouveau livre de référence, très bien informé », commente Michiko Kakutani dans le New York Times, l’auteur ne se limite pas à la vision américaine de la « War on Terror ». Il présente aussi le point de vue de l’adversaire. L’ouvrage, qui figurait parmi les meilleures ventes outre-Atlantique en février, montre en effet combien « malentendus et erreurs de calcul ont foisonné de part et d’autre », rapporte Thomas Ricks également dans le New York Times.

Côté américain, peu de révélations, mais un « récit féroce » et « partial » des échecs de l’administration Bush, estime le juriste Michael Mukasey dans le Wall Street Journal. Et l’ancien juge fédéral de résumer, en le dénonçant, le réquisitoire de Peter Bergen, pour qui l’administration Bush « aurait été collectivement surprise par le 11-Septembre, alors même que les États-Unis possédaient un casus belli contre al-Qaida depuis octobre 2000, avec l’attentat contre le destroyer USS Cole au Yémen ». L’énoncé de l’acte d’accusation se poursuit avec l’invasion de l’Irak, « son cortège de mensonges », et la pratique du waterboarding – cette forme de torture simulant la noyade que, selon Bergen, « le cerveau du 11-Septembre a subie 183 fois, sans dire un mot de plus que deux ans plus tôt, dans une interview à Al Jazeera », précise Ricks.

Mais « c’est côté al-Qaida que le livre apporte des informations vraiment intéressantes », estime pour sa part Jason Burke dans les colonnes de The Observer. Car, pour Ben Laden non plus, le bilan n’est pas brillant. Au minimum, l’attaque du 11-Septembre fut une erreur stratégique : la réaction américaine a été complètement mésestimée, l’état-major de l’organisation décapité, et le sanctuaire afghan perdu. La stratégie de Ben Laden fut très contestée en interne. Par ailleurs, conclut Jason Burke, « un rapide survol de l’islam militant suffit à comprendre que l’influence de Ben Laden et de son organisation est plus limitée que le laisse croire la couverture médiatique dont il bénéficie. Nombreux sont les mouvements au Maroc, en Algérie, en Indonésie, en Irak, au Pakistan, au Bangladesh ou encore en Inde, qui, s’ils sont proches d’al-Qaida idéologiquement parlant, n’ont aucun lien avec le réseau ».

LE LIVRE
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La plus longue guerre de Bush contre Ben Laden : zéro partout, Free Press

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