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Entre la vie et la mort


Une personne, au moins, a été placée en état de « vie suspendue » dans le cadre d’un essai clinique aux États-Unis, rapporte cette semaine l’hebdomadaire New Scientist. Ce protocole, visant à donner du temps aux équipes médicales pour soigner des blessés en urgence absolue, consiste notamment à abaisser la température corporelle du patient à 10° C. Le médecin en charge de l’expérience a refusé de dire si le ou les patients traités ont survécus. Ceux-ci sont restés jusqu’à deux heures dans un état où ils n’étaient ni tout à fait vivants, ni complètement morts.

Redéfinir la mort

Ce ne serait pas la première fois que la mort serait redéfinie. Depuis les années 1950, des techniques d’assistance respiratoire et cardiaque maintiennent en vie des personnes dont le cerveau ne contrôle plus les fonctions vitales. Cet ajournement du décès a ouvert la voie au don d’organes et créé une nouvelle mort, la mort cérébrale, qui a été diversement acceptée, rappelle l’anthropologue Margaret Lock dans Twice Dead.
L’Amérique l’a institutionnalisé sans heurt en 1981 et la France dès 1968. Au Japon, la question n’a été tranchée qu’en 1997. Un Japonais peut être reconnu mort deux fois : une première, lors du diagnostic de mort cérébrale et une deuxième, après le prélèvement d’organe.

Le Japon et le don d’organes

Cette conception tient, selon Lock, à l’approche japonaise de la mort et du don. Mais les Japonais ont aussi été particulièrement marqués par des scandales médicaux et notamment celui qui a suivi la première transplantation cardiaque réalisée dans l’archipel en 1969, rappelle-t-elle. Quand le patient transplanté est décédé, trois mois après l’opération, les journaux ont révélé que son état ne nécessitait pas un tel traitement et que le donneur n’était peut-être pas mort au moment du prélèvement. Ce dernier, un noyé, semblait se remettre quand il a été transféré dans l’hôpital du chirurgien Juro Wada, spécialiste en transplantation. La justice a ouvert une enquête pour meurtre, mais en 1972, faute de preuves a renoncé à poursuivre Wada. Après ce scandale, le grand public est resté méfiant envers le don d’organe. Et ce n’est qu’en 1997 que la définition légale de la mort cérébrale permettant le prélèvement de greffons a été adoptée. La deuxième transplantation cardiaque au Japon n’a été réalisée qu’en 1999.

À lire aussi dans Books : Cette mort qu’on hallucine, novembre 2014.

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Twice Dead de Margaret Lock, University of California Press, 2001

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