Esclaves des céréales

Esclaves des céréales

Les céréales ont joué un rôle central dans l’avènement des États. Sans elles, nous serions peut-être restés des barbares. Mais tellement plus libres.

Publié dans le magazine Books, janvier/février 2018.
Cinq mille ans avant notre ère, les humains délaissent la chasse et la cueillette pour vivre de l’agriculture. C’est là « la pire erreur de l’histoire de l’humanité », selon le géographe et biologiste Jared Diamond, et sa « plus grande ­escroquerie » pour l’historien Yuval Noah Harari. Dans Against the Grain (1), l’anthropologue américain James C. Scott, professeur à l’université Yale, ne dit pas autre chose. Avec la révolution néolithique, l’homme devient l’esclave du blé et de la société hiérarchisée qu’il a construite à cause de cette céréale. Mais « ce qui fait la nouveauté de son récit, c’est le rôle central et l’estime qu’il accorde aux barbares », souligne l’universitaire Jedediah Purdy dans New Republic. Scott entend ainsi sortir de la conception binaire de l’histoire léguée par les premières civilisations et rétablir la place des populations qui vivaient hors de la portée des États. Car « la question de savoir comment on vivait en dehors des sociétés étatiques sédentaires est importante pour l’appréciation globale de l’histoire humaine », note le critique John Lanchester dans The New Yorker. Et, « clairement, nos ancêtres n’ont pas foncé tête baissée dans la révolution néolithique ou dans les bras des premiers États », soutient Scott. Quatre mille ans séparent ainsi la domes­tication du bétail et la culture des céréales des premiers États agraires. Car, comme le soulignent de récentes découvertes archéologiques qui renversent l’ordre habituel du récit néolithique, la sédentarisation n’est pas née de l’agriculture. Des communautés de chasseurs-cueilleurs étaient déjà fixées…

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