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Il était une fois les contes de Grimm


La jeune fille sans mains, Shellac

La jeune fille sans mains, sur les écrans ce mercredi, s’éloigne des canons du conte de fées romantique. L’héroïne, malgré tous les obstacles qu’elle rencontre, n’attend pas d’être sauvée (ni mariée). En ce sens, cette fable tirée des recueils des frères Grimm semble totalement moderne. Rien d’étonnant à cela. Les contes les plus populaires passent de génération en génération, évoluant pour épouser les goûts et les valeurs de leur auditoire, rappelle la spécialiste Maria Tatar dans The Annotated Brothers Grimm. L’idéal du grand amour, avec ses baisers magiques, est par exemple un ajout récent. Dans le Blanche-Neige des frères Grimm, l’héroïne n’est pas réveillée par les lèvres d’un prince, mais par un banal accident. Les serviteurs qui transportent son cercueil trébuchent, provoquant l’expulsion du morceau de pomme empoisonné coincé dans la gorge de la jeune fille.

Si les frères Grimm se vantent, en 1812 dans la préface à la première édition des Contes de l’enfance et du foyer , d’avoir recueilli « les plus anciens et les plus beaux contes » présentés « dans une forme aussi pure que possible », ils n’ont pas hésité à amender les sept éditions successives pour adapter leur texte à de nouveaux publics. Face aux enfants et à leurs parents, ils ont édulcoré le contenu sexuel des récits et embelli leur morale. Raiponce ne tombe plus enceinte après les visites furtives de son prétendant, et le prince ne finit pas nu dans le lit de la princesse du Roi Grenouille. En revanche, la violence n’était pas un problème. Sur ce plan, les contes tels que nous les connaissons diffèrent beaucoup de la version des frères Grimm : la reine meurtrière ne danse plus jusqu’à la mort dans des souliers de fer chauffé à blanc aux noces de Blanche-Neige, et les demi-sœurs de Cendrillon ne se mutilent plus les pieds pour enfiler la pantoufle de vair.

Cela étant, les textes des frères Grimm, même avant correction, ne sont pas si purs et rustiques que cela. Barbe-Bleue et Le Chat botté n’ont pas été inventés par la tradition populaire orale, mais par un cercle d’écrivains parisiens de bonne famille, dont faisait partie Charles Perrault. D’autres, comme le Conte du genévrier ont été transmis aux Grimm par des amis bourgeois et instruits. L’entreprise des deux frères est avant tout un acte de nostalgie, conclut Maria Tatar, une idéalisation d’un passé prémoderne, fût-il en partie imaginaire.

 

En savoir plus : Les contes cruels des frères Grimm, Books, décembre 2013.

 

 

 

LE LIVRE
LE LIVRE

The Annotated Brothers Grimm de Maria Tatar, W. W. Norton, 2012

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