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« Il faut réglementer d’urgence l’immigration »


Emmanuel Macron a prononcé lundi 16 septembre devant le gouvernement et deux cents parlementaires de sa majorité, un discours offensif sur l’immigration, assurant qu’ils ne pouvaient pas ne pas s’emparer d’un sujet qui préoccupe les classes populaires.

Dans les années 1920, la presse se faisait déjà le relais d’une opinion effrayée par l’arrivée d’immigrants. Ce sont alors les ouvriers agricoles italiens, appelés par le patronat et les pouvoirs publics pour reconstruire le pays au sortir de la Première Guerre mondiale, qui sont visés. Dans une France encore largement rurale, les Italiens qui cherchent à devenir propriétaires terriens sont mal vus. On les accuse de nourrir un dessein plus sombre. C’est ce qu’assure le grand reporter Édouard Helsey dans cet article anxiogène paru le 21 juin 1925 dans Le Journal, où il appelle à ne pas laisser un « peuple étranger » prendre « possession de notre sol ».

En exposant à grands traits la situation créée dans notre Sud-Ouest par l’immigration italienne, nous nous sommes soigneusement gardé de toute littérature et nous avons omis maints détails savoureux. Nous avons aussi évité d’apporter dans l’étude de ce phénomène rien qui puisse donner aliment à des susceptibilités nationales peut-être légitimes. En s’en tenant strictement aux faits, pris dans leur ensemble, on ne peut se défendre cependant d’une certaine émotion. Un peuple aussi durement éprouvé que le nôtre et placé pour plusieurs années devant de si graves difficultés ne saurait demeurer indifférent à l’espèce d’expropriation que lui font subir les circonstances.

Nos pouvoirs publics n’ont pas le droit de s’en désintéresser. Car l’immigration italienne du Sud-Ouest n’est qu’une face d’un problème qui touche dès maintenant à l’état aigu. Les Italiens sont de race latine et, quoiqu’on ait abusé de la formule, nous pouvons les regarder un peu comme des parents. À certains égards, ils nous rendent service, en venant cultiver des terres que nous laissions à l’abandon. À maintes reprises, nous avons fait appel sans dommage à leur concours ouvrier et, volontiers, nous le considérerions encore comme le bienvenu. Mais cette fois, il s’agit d’une entreprise de dépossession, puissante et durable. Les immigrants italiens poursuivent de vastes desseins.

Les sacrifices consentis, leurs grandes dépenses de premier établissement, les projets à longue échéance qu’ils ne dissimulent pas montrent qu’il s’agit, pour eux, d’une œuvre de longue baleine. Ils introduisent chez nous des races de bétail qui ne sauraient s’acclimater qu’après des années ; ils jettent les bases d’une renaissance du ver à soie, ils vont construire à Nérac et à Condom de grandes fabriques de pâtes alimentaires. Bref, ils emménagent chez nous définitivement.

On dit que nous les assimilerons. Je n’en suis pas sûr. C’est la première fois, depuis des siècles, qu’un peuple étranger prend, en corps, possession de notre sol. Et ce peuple est le peuple italien, c’est-à-dire une famille humaine en pleine vigueur, en plein essor, dont le rôle ne peut manquer de grandir considérablement en Europe et dans le monde, un peuple enfin que mille symptômes concordants désignent comme destiné à se faire très vite une place au tout premier rang, dans un moment où il nous faudra, à nous-mêmes, beaucoup de sagesse et d’énergie pour nous y maintenir.

Or, tandis que l’Italie nous submerge dans le sud, les Anglais, les Américains, les Suisses, les Tchèques, les Polonais, que sais-je encore, vingt peuples nous envahissent à la fois. Dans l’état actuel de notre change, qui peut empêcher les Allemands d’acheter nos champs et nos usines par départements entiers ? Déjà, nous ne sommes plus les maîtres à Paris, dans le Nord, en Normandie, dans l’Yonne, sur la côte d’Azur et sur la côte basque. La race française était foncièrement terrienne. Qu’adviendra-t-il d’elle quand elle se sera laissé déraciner ?

Le temps semble décidément venu pour des législateurs sérieux d’élaborer une politique de l’immigration. Il y a des mesures conservatoires à prendre. Ceux qui sauront les formuler seront soutenus, qu’ils en soient sûrs, par l’unanimité de notre opinion publique.

D’abord nous devons, bien entendu, nous défendre contre l’afflux des indésirables — on en compte 100 000 à Paris — mais ceci est une autre question. Quant aux étrangers honorables dont la collaboration peut nous être précieuse, il semble que, sans manquer aux devoirs de l’hospitalité, il convienne d’en régler et d’en ralentir quelque peu la pacifique invasion.

Et, surtout, on doit mettre des entraves légales aux aliénations de biens fonciers. La terre ne peut, sans de graves périls, passer ainsi, par larges pans, en des mains étrangères. C’est déjà beaucoup que la céder à bail : on ne saurait consentir à la laisser annexer.

Enfin, dans une période où nous avons à faire face à une grave crise financière, nos dirigeants seraient coupables et trahiraient nettement l’intérêt français, s’ils ne cherchaient de ce côté des ressources qui pourraient être considérables.

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Depuis que le Journal a pris l’initiative de signaler en quelques articles, et sommairement, cette situation, un volumineux courrier, provoqué par notre enquête, est venu témoigner de l’intérêt que le public français porte à un problème aussi grave. Les suggestions intelligentes abondent dans les lettres que nous avons reçues.

Il est impossible qu’il ne se trouve pas au Parlement des juristes et des financiers capables de mettre au point les nécessaires solutions.

Édouard Helsey

 

LE LIVRE
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Le Journal de Fernand Xau, 1892 - 1944

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