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Une grande épopée familiale

De la Première Guerre mondiale aux années Berlusconi, Giorgio Fontana mêle l’intime et le politique.


© Sellerio

Giorgio Fontana possède « un talent spécial pour raconter les événements “de biais”, comme dans certains tableaux de Chirico. »

En période d’épidémie, quoi de mieux qu’un bon gros roman pour affronter le confinement ? Paru fin janvier, soit un bon mois avant les strictes mesures imposées par le gouvernement italien à tous les habitants de la Péninsule, Prima di noi fait le bonheur d’un nombre grandissant de lecteurs. L’auteur, 38 ans, philosophe de formation et scénariste pour le magazine Topolino (l’équivalent du Journal de Mickey) n’en est pas à son premier succès. En 2014, il avait reçu le prestigieux prix Campiello pour Mort d’un homme heureux (Seuil), qui abordait les années de plomb à travers la quête de vérité et de justice d’un magistrat.

 

Plus ambitieux encore, son nouveau roman couvre près d’un siècle, de 1917 à 2012, et suit les destins individuels de quatre générations ballotées par l’histoire. Tout commence lors de la défaite militaire face aux Autrichiens, à Caporetto, la plus cuisante jamais subie alors par l’armée italienne. Maurizio Sartori, simple soldat, déserte le front. Il abandonne un compagnon d’armes mourant, puis entreprend de rentrer chez lui, en Vénétie. Chemin faisant, il se réfugie dans une pauvre ferme du Frioul où il séduit la jeune Nadia et lui fait un enfant, Gabriele, avant de l’abandonner à la fin de la Première Guerre mondiale. Une lâcheté fondatrice que les descendants de Maurizio et Nadia tenteront chacun à sa façon d’éviter ou de racheter.

 

La critique ne tarit pas d’éloges sur cette « généreuse et bouleversante pastorale italienne », selon les mots de Sergio Pent dans Tuttolibri, le supplément littéraire du quotidien La Stampa. « Comme dans un diaporama, ce livre renferme toute notre mémoire nationale, note Crocifisso Dentello dans Il Fatto quotidiano : le premier conflit mondial, l’arrivée du fascisme, la Seconde Guerre mondiale, la migration intérieure, l’usine et les luttes syndicales, le bienêtre bourgeois des années 1960, le terrorisme des années 1970, l’attentat contre le juge Falcone, la guerre de Bosnie, l’entrée en politique de Berlusconi. »

 

Sur près de 900 pages, Fontana mêle les horreurs et les idéologies du siècle passé aux petites vies de ses « antihéros », modestes paysans du Nord-Est qui quittent leur âpre Frioul natal pour s’installer dans la périphérie ouvrière de Milan en plein boom économique.

 

Le récit reste toutefois intimiste, voire « métaphysique » : Fontana évoque un monde où « le mal semble toujours l’emporter sur le bien », observe dans le quotidien La Repubblica Benedetta Tobagi, qui apprécie chez l’auteur « un talent spécial pour raconter les événements “de biais”, avec des perspectives excentrées, comme dans certains tableaux de Chirico ».

LE LIVRE
LE LIVRE

Prima di noi (« Avant nous ») de Giorgio Fontana, Sellerio, 2020

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