Gulliver incompris
Publié dans le magazine Books n° 26, octobre 2011.
Au pays des Houyhnhnms, Gulliver fait la rencontre de deux types de créatures : les Houyhnhnms, chevaux raffinés qui n’aspirent à agir que selon les principes de la Raison, et les Yahoos, êtres aux mœurs viles, mus par leurs passions et qui ressemblent étrangement aux êtres humains…
Au pays des Houyhnhnms, Gulliver fait la rencontre de deux types de créatures : les Houyhnhnms, chevaux raffinés qui n’aspirent à agir que selon les principes de la Raison, et les Yahoos, êtres aux mœurs viles, mus par leurs passions et qui ressemblent étrangement aux êtres humains. Ce contraste peu flatteur a longtemps été perçu comme la preuve éclatante de la misanthropie de Swift. Rien de plus erroné, pourtant, qu’une telle interprétation, à en croire l’écrivain P.N. Furbank. L’histoire de Gulliver montre plutôt qu’un recours exclusif à la Raison « peut avoir un effet assez délétère sur notre caractère », note-t-il dans un article du Times Literary Supplement. Refoulant toute émotion, les Houyhnhnms sont capables de concevoir les pires atrocités : au nom de leur supériorité, n’envisagent-ils pas d’exterminer les Yahoos ? Gulliver, qui manque cruellement de sens critique face à leurs théories sophistiquées, les adopte indistinctement. Et en vient à mépriser sa propre famille… Vu sous cet angle, ses Voyages sont bien « une défense des hommes et une mise en garde contre toute misanthropie », conclut Furbank.