Herat la résiliente
par Bijan Omrani

Herat la résiliente

La ville afghane a connu son apogée au XVe siècle avant de sombrer dans la violence. Aujourd’hui, elle renaît timidement.

 

Publié dans le magazine Books, mars / avril 2017. Par Bijan Omrani
L’un des effets malheureux des plus de trente-cinq années de guerre en Afghanistan, mis à part la souffrance humaine, c’est que le monde a oublié le rôle historique de foyer de culture persane et isla­mique joué par ce pays. Et le principal des centres culturels d’Afghanistan était sans conteste Herat. L’histoire de la ville que retrace Charlie Gammell, depuis sa conquête par Genghis Khan en 1222 jusqu’à nos jours, justifie pleinement le proverbe persan cité dans le titre du livre : Herat était bien « la perle du Khorasan » (région qui comprenait les terres de l’est de l’Iran et du nord de l’Afghanistan). Lors de son apogée, au XVe siècle, au sein de l’Empire timouride, la ville hébergeait tant d’artistes, de princes, de mystiques et d’artisans qu’elle rivalisait aisément avec d’autres centres de la culture islamique comme Samarcande et Bagdad. Même après avoir été dévastée par les Mongols au XIIIe siècle, la ville se remit suffisamment pour abriter un vaste écosystème de poètes. Le plus en vue était Rabii de Poushang, que Fakhr ad-Din, le souverain de la ville, rétribuait 1 000 dirhams d’or par mois pour écrire l’épopée de sa dynastie, les Kart. Le poète s’empressa de ­dépenser son argent « en vin, en femmes et en garçons ». Un jour, Rabii se vanta de pouvoir s’emparer de n’importe quelle province par la force de sa poésie. Fakhr ad-Din le fit jeter en prison. C’est là qu’il passa apparemment le restant de ses jours. La clé de l’histoire de Herat, c’est sa géographie. Située dans le…

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