Humour palestinien
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Humour palestinien

Écrit par La rédaction de Books publié le 5 avril 2019

Tel Aviv on Fire - Copyright Patricia Peribañez - Samsa Film

Avec Tel Aviv on Fire,le réalisateur Sameh Zoabi montre que l’on peut rire du conflit israélo-palestinien et des checkpoints israéliens qui hérissent les routes reliant les terriroires palestiniens à Israël. Les Palestiniens eux-mêmes en rient, et ont développé un humour qui évolue au gré des événements et de leur moral.

L’anthropologue Sharif Kannana, spécialiste du folklore palestinien à l’université Bir Zeit de Ramallah, commence à s’intéresser à cet humour en 1988 lors de la première Intifada, raconte la philosophe Chrisoula Lionis dans Laughter in Occupied Palestine. Il remarque que ce soulèvement populaire a créé tout un répertoire de blagues et il se met à les collectionner.

Avant l’Intifada, les Palestiniens étaient pessimistes et se moquaient d’eux-mêmes. Dans l’une de leurs histoires drôles, un marchand de cerveaux humains à transplanter vend plus cher les cerveaux palestiniens. Pourquoi ? « Parce qu’ils n’ont jamais servi ». L’insurrection a donné de la force aux Palestiniens. Ils ne rient plus d’eux-mêmes ou seulement de ceux de leurs compatriotes qu’ils trouvent trop timorés face à Israël, ceux par exemple qui enveloppent les pierres dans des mouchoirs en papier avant de les lancer sur les soldats ennemis. Ils rient surtout aux dépens de ces soldats. Jamais des Israéliens eux-mêmes ou de leurs politiciens (ils ne font pas partie de leur quotidien) et encore moins des colons (sujet trop sensible).

Selon Sharif Kannana, ces blagues sont le meilleur moyen de savoir ce que pensent les Palestiniens. « C’est le meilleur baromètre de l’humeur de la population. Une blague ne circule que si les gens pensent qu’elle contient une vérité. » Toutes les blagues que Kannana a collectées sont politiques, car les Palestiniens parlent rarement d’autre chose.

L’Autorité palestinienne n’est pas épargnée. À l’époque d’Arafat, des blagues circulaient sur tous ses travers, la corruption notamment. Et si la répression contre les opposants était sévère, les blagues sur Yasser Arafat étaient permises et mêmes encouragées par l’Autorité palestinienne elle-même, dont les membres seraient les auteurs des plus féroces et des plus salaces.

 

À lire aussi dans Books : Petit père des blagues, septembre 2013.

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