La bibliothèque est politique
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La bibliothèque est politique

Écrit par La rédaction de Books publié le 3 novembre 2017

Ex Libris © Météore Films

Dans Ex-Libris, en posant ses caméras dans la New York Public Library, la troisième plus grande bibliothèque du monde, le documentariste Frederick Wiseman souligne l’importance politique de la démocratisation du livre. Gabriel Naudé, polymathe français du XVIIe siècle, l’un des inventeurs de la bibliothèque moderne ne le concevait pas autrement. Il imaginait que de ce bâtiment pourrait naître « une nouvelle civilité, une éthique politique dans et par le savoir des livres, l’émergence d’une nouvelle procédure du conseil politique », précise le philosophe Robert Damien dans Bibliothèque et Etat. A l’époque, l’Occident ne compte que trois bibliothèques ouvertes à tous : à Oxford, à Milan et à Rome.

Naudé est lui-même chargé de s’occuper successivement des cabinets de livres d’Henri de Mesmes, du cardinal de Bagni, de Richelieu, de Mazarin et la reine de Suède. Mais il est convaincu qu’il faut revenir à la conception des Romains, pour qui les bibliothèques étaient destinées à l’usage de tous les lettrés. A l’ère de l’imprimerie et la profusion de livres qu’elle permet, il considère impossible que la bibliothèque soit le bien d’un seul individu, reflétant ses goûts et organisée selon sa propre logique.

Dans L’Advis pour dresser une bibliothèque publié en 1627, Naudé recommande ainsi d’uniformiser la classification des ouvrages mais surtout d’ouvrir les rayonnages à tous les auteurs et toutes les doctrines, et d’y accueillir les livres de la Réforme ou les théories coperniciennes. Pour les Jésuites, une bibliothèque à visée encyclopédique n’est rien d’autre qu’un crime de lèse-majesté biblique, une folie orgueilleuse, un instrument de subversion de l’autorité.

De l’autorité religieuse certainement, Naudé le revendique, mais pas de celle de l’Etat. Car pour lui, la bibliothèque, si elle délivre les lettrés de la servitude de certaines opinions et leur permet de juger sans passion, doit surtout placer le savoir du côté du roi et du pouvoir.  

 

A lire dans Books: Ma bibliothèque, ce chaos bienveillant, janvier 2016.

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