La mécanique du génocide
par Tzvetan Todorov

La mécanique du génocide

Publié dans le magazine Books, avril 2012. Par Tzvetan Todorov
Les grands massacres du XXe siècle ont suscité une masse de publications relatant des destins individuels, dans leur grande majorité ceux des victimes et des survivants. Un livre comme Au fond des ténèbres, où la journaliste Gitta Sereny rapporte ses entretiens fouillés avec Franz Stangl, l’ancien commandant de Treblinka (1), fait exception. Encore plus rares, sinon inexistants, sont les films documentaires qui nous confrontent aux auteurs de ces crimes collectifs, engagés dans une quête de vérité. Or leur intérêt saute aux yeux. Les victimes ont subi, les bourreaux ont agi ; si nous voulons empêcher que recommencent les désastres du passé, nous devons nous pencher sur les auteurs de ces crimes : pourquoi ont-ils agi ainsi ? Quel est le mécanisme qui engendre l’horreur ? En 2009 s’est tenu dans la capitale du Cambodge un procès du régime des Khmers rouges (1975-1979) et des crimes commis par lui. Au banc des accusés, une seule personne, répondant au surnom de Duch, ancien directeur d’un centre de torture et d’extermination, dit « S 21 ». Une première : l’inculpé ne cherche nullement à éluder ses responsabilités, il se reconnaît d’emblée coupable d’un crime abominable qu’il dit regretter amèrement ; de surcroît, il s’engage à chercher sans concession les raisons de ses actes. La chance fait que ce procès a donné lieu à quelques livres de toute première qualité, rédigés par des témoins ; et, plus rare, à un film consacré à Duch. Voulant comprendre plus encore qu’émouvoir, son réalisateur Rithy Panh a choisi de s’immerger dans l’esprit du…

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