La psychose du cobaye
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La psychose du cobaye

Écrit par La rédaction de Books publié le 1 décembre 2017

Dans 12 jours, documentaire du cinéaste Raymond Depardon consacré à l’internement psychiatrique, sur les écrans cette semaine, les médicaments tiennent une place centrale. Certaines de ces molécules ont d’abord été conçues pour calmer les cobayes de laboratoire, rappelle la docteur en histoire des sciences Laurel Braitman dans Chienne de vie !.

En mai 1950, Henry Hoyt et Frank Berger, chercheurs dans une petite entreprise pharmaceutique du New Jersey, ont ainsi déposé un brevet pour une substance appelée méprobamate. Ils avaient été impressionnés par la manière dont elle avait relaxé les muscles des souris et surtout calmé leurs singes de laboratoire particulièrement nerveux. Au lieu de se montrer agressifs et vicieux avec les chercheurs, comme ils en avaient l’habitude, les singes venaient leur manger dans la main. Au vu de cette efficacité spectaculaire, Hoyt et Berger ont avancé que cette molécule pourrait être complémentaire de la psychanalyse chez les humains. Le méprobamate a donné naissance au Miltown introduit sur le marché américain en 1955. Deux ans plus tard, ce tranquillisant avait été prescrit 36 millions de fois. Il a redéfini l’idée même de ce qu’était l’anxiété et qui pouvait en souffrir, rappelle Braitman.

D’autres médicaments ont été découverts de la même manière. Le Librium a ainsi fait ses preuves sur les chats et la Thorazine sur les rats. Et cela na rien d’étonnant, souligne Braitman, car le circuit neuronal des émotions est assez comparable pour un certain nombre d’animaux, à celui des hommes. Ces bêtes sont capables de souffrir psychologiquement et pour les mêmes raisons que les humains: décès d’un proche, catastrophe naturelle, maltraitance… Des chiens de l’armée ayant servi en Iraq et en Afghanistan reviennent avec des symptômes de stress post-traumatique. Que les humains et les chats usent des mêmes tranquillisants ne signifie pas pour autant que l’anxiété du chat soit équivalente à celle des hommes, précise Braitman. Mais cela souligne l’analogie entre ces deux souffrances, et la construction de la psychiatrie sur la reconnaissance de cette analogie.

 

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