Soutenez la presse indépendante ! Abonnez-vous à Books, à partir de 8€/mois.

La Russie, pays de petits et grands compromis

Elizaveta Glinka, médecin russe respectée (morte dans un crash d’avion au dessus de la mer Noire en 2016), voulait porter secours aux enfants victimes de la guerre dans l’Est de l’Ukraine, mais a fini par légitimer ce conflit qu’elle abhorrait ; Oleg Zubkov, propriétaire d’un parc animalier en Crimée, était un fervent partisan de l’annexion de cette région par la Russie jusqu’à ce qu’il se rende compte que l’administration russe était aussi désastreuse pour ses affaires que la bureaucratie ukrainienne ; Heda Sarata, militante tchétchène des droits de l’Homme, pour mieux défendre ses compatriotes, s’est rapprochée peu à peu du Kremlin, jusqu’à accepter un poste honorifique au gouvernement et à excuser l’usage de la torture et du meurtre par celui-ci au nom de ces mêmes droits de l’Homme.

Ces Russes qui vivent de compromis

« Le personnage le plus édifiant et important pour comprendre la Russie n’est pas Poutine, mais ceux qui l’ont porté au pouvoir et qui aujourd’hui lui permettent d’y rester par l’accumulation au jour le jour de leurs petits choix individuels », soutient Joshua Yaffa dans Between Two Fires. Dans chacun des chapitres de son livre, ce journaliste américain, correspondant à Moscou depuis sept ans, retrace le parcours de ces Russes, ni fanatiques de Poutine, ni opposants, qui font carrière, changent les choses ou simplement s’en sortent en faisant des compromis. « Tous suivent le même schéma et cela explique beaucoup de choses sur la manière dont la Russie fonctionne », explique Oliver Bullough dans The Guardian.

L’homme rusé ou l’homme complice

La mainmise de l’État russe est telle dans tous les domaines que le meilleur moyen de voir aboutir ses projets est de travailler avec lui, quitte à accepter certains compromis. Cette volonté de se glisser dans les failles du système est caractéristique de « l’homme rusé », profil psycho-sociologique défini par le sociologue Iouri Levada au début des années 2000 et qui serait typique de la Russie post-soviétique. Mais ces compromissions mènent tout droit à la complicité, une complicité qui permet au poutinisme de perdurer, selon Yaffa – en empêchant notamment toute alternative sociale et politique d’émerger.

À lire aussi dans Books : Le système de propagande de Poutine, décembre 2018- janvier 2019.

LE LIVRE
LE LIVRE

Between Two Fires : Truth, Ambition, and Compromise in Putin’s Russia de Joshua Yaffa, Tim Duggan Books, 2020

SUR LE MÊME THÈME

Périscope Fauchés et inconnus
Périscope Mères jalouses
Périscope Le sexe faible, vraiment ?

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.