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L’âme damnée de la culture française

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Si la culture française a cessé de rayonner hors des frontières, c’est qu’elle est stérilisée par l’interventionnisme de l’Etat.

Il fut un temps où le cinéma français était populaire dans le monde entier, où les intellectuels germanopratins tenaient la corde, où la littérature du pays de Hugo et Zola était abondamment traduite et partout admirée. La France avait une faculté bien à elle de se faire l’interprète de l’humanité. Cette vocation à l’universalité semble s’être évaporée, estime Catherine Fieschi dans le mensuel britannique Prospect, en écho au pamphlet pessimiste de l’Américain Donald Morrison. Après s’être attiré les foudres de l’intelligentsia avec son retentissant article dans Time sur « la mort de la culture française » (2007), Morrison a récidivé dans un livre dont la traduction gauloise est enrichie d’une postface substantielle signée Antoine Compagnon, professeur au Collège de France. Morrison éprouve une profonde affection pour ce pays, souligne Catherine Fieschi, et ne se réjouit nullement de la débâcle qu’il décrit. Mais son argumentation est précise et convaincante, juge-t-ell
e. Fieschi dirige Demos, un think tank britannique spécialisé dans l’innovation sociale. Si l’on admet le déclin, il reste à en rechercher les causes. Fieschi souligne ici la parenté entre l’analyse de Morrison et celle de Marc Fumaroli, autre professeur au Collège de France, dans son livre L’État culturel, une religion moderne (LGF, 1999). L’un et l’autre désignent un coupable : l’État, dont l’interventionnisme excessif nuirait au rayonnement de la culture qu’il se croit chargé de promouvoir. En 2007, écrit Fieschi, l’État français a dépensé 208 euros par an et par habitant pour la culture, contre 120 pour l’État britannique et une poignée de dollars pour l’État américain. Pour reprendre l’expression de la sociologue Dominique Schnapper, il y a là un syndrome d’« État providence de la culture », qui aurait des effets pervers en cascade. Le problème, écrit Fieschi, ce sont les « armées de fonctionnaires et leur relation clientéliste avec une élite culturelle qui se sent suffisamment protégée dans son rôle et ses privilèges pour définir ce qui compte en matière de culture sans référence significative au monde extérieur. Ce qui émerge est une faculté disproportionnée d’isoler la culture et de l’asphyxier. La culture française est coupée des défis et des opportunités qui viennent de l’extérieur ». Si Catherine Fieschi adhère à cette analyse, c’est qu’elle s’est frottée récemment à la réalité de la haute administration française. « J’ai été sollicitée pour donner mon avis sur des projets de réforme administrative. J’ai vite découvert que les analyses que j’avais pu lire sur le cauchemar de la technocratie française, que j’avais écartées comme autant de caricatures, étaient vraies et même en dessous de la réalité. » Ce qu’elle a vu à l’œuvre, c’est une « élite servant ses propres intérêts dans un jeu destiné à conserver l’existant à grand renfort de vœux pieux ». Les choses changeront, écrit-elle, le jour où la France laissera entrer le vent du large.
LE LIVRE
LE LIVRE

Que reste-t-il de la culture française ? de Antoine Compagnon, Denoël, 2008

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