L’esprit critique ne prend pas de vacances ! Abonnez-vous à Books !

Le superorganisme des insectes

Quand un animal est formé de millions d’autres animaux.

Une colonie de fourmis ou d’abeilles « est un animal unique élevé à un niveau supérieur ; chaque insecte est une cellule, les castes sont les organes, la reine l’organe sexuel », écrit le biologiste britannique Steve Jones en rendant compte dans le New York Times de la nouvelle somme de Bert Hölldobler et d’Edward O. Wilson. Les deux entomologistes avaient reçu le prix Pulitzer en 1991 pour leur livre sur les fourmis. Le métaphore du superorganisme peut être prolongée : l’abeille ou la guêpe qui vous pique est un agent du système immunitaire, les butineuses sont les yeux et les oreilles, et ce sont les règles de développement de la colonie qui en déterminent la forme et la taille. Il n’y a pas de cerveau – à moins de considérer qu
’il s’identifie au superorganisme. Chaque individu est un automate. Le comble du superorganisme est celui des fourmis coupeuses de feuilles, propres au Nouveau monde. Une reine peut produire jusqu’à deux cents millions d’ouvrières stériles durant ses dix à quinze années de vie – et quelques mâles seulement, « dont le seul travail est de fournir le sperme ». La société des coupeuses de feuilles est divisée en plusieurs castes dont l’une cultive des champignons. L’appartenance à une caste n’est pas génétiquement déterminée ; elle est fonction de l’environnement dans lequel l’individu naît et se développe. Une fourmi calcule sa distance au nid en évaluant la colle qu’il lui reste sur les pattes.  La  fourmi qui découvre une source de nourriture ne revient pas en ligne droite.   C’est la résultante des traces de phéromones laissées par les fourmis revenues avec une part du butin qui finit par permettre à leurs congénères d’y retourner  par le plus court chemin et de rentrer  de même.   Ce même processus de sélection progressive du trajet le plus économe est utilisé par les compagnies de téléphone et le réseau Internet. Naguère auteur contesté de La sociobiologie (1975), Wilson est ici beaucoup plus prudent, ne consacrant que quelques paragraphes à dresser un vague parallèle avec les sociétés humaines. Chez nous, l’intelligence a remplacé l’instinct. Ce qui n’interdit pas la sottise à grande échelle – y compris à celle de la planète, souligne-t-il.
LE LIVRE
LE LIVRE

The Superorganism : The Beauty, Elegance and Strangeness of Insect Societies de Bert Hölldobler, WW. Norton & Company, 2008

SUR LE MÊME THÈME

Périscopes Donner corps à la faim
Périscopes Les esclaves oubliés d’Indonésie
Périscopes Tout le savoir de la forêt

Dans le magazine
BOOKS n°100

DOSSIER

Du bon usage de l'esprit critique

Chemin de traverse

16 faits & idées à glaner dans ce numéro

Edito

Esprit critique, es-tu là ?

par Olivier Postel-Vinay

Philosophie

L’esprit critique comme obscurantisme

par Marcel Gauchet

Voir le sommaire

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.