Donner corps à la faim

Donner corps à la faim

Les images de famine sont peut-être plus rares, mais la faim n’a pas disparu. Un enfant en meurt toutes les six secondes. Un essayiste argentin s’est rendu là où ce fléau frappe encore.

Publié dans le magazine Books, avril 2015.
« Elles étaient trois : la grand-mère, la mère et la tante. Depuis un moment déjà, je les regardais s’activer autour de ce lit d’hôpital […]. Puis la tante a soulevé le petit enfant […] et l’a placé sur le dos de sa mère – avec les jambes et les bras ouverts, la poitrine tout contre elle. Le garçon était bien en place, prêt à rentrer à la maison, comme d’habitude. Sauf qu’il était mort. » C’est sur cette scène, observée dans un hôpital au Niger, que s’ouvre « La Faim », le volumineux ouvrage consacré par l’Argentin Martín Caparrós à ce qui reste le fléau le plus meurtrier de notre temps. On estime à 850 millions le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation. D’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un enfant meurt de faim toutes les six secondes dans le monde. Mais « les chiffres ne servent qu’à rappeler ce que nous savons déjà, ils mettent à distance la réalité, la rendent abstraite », explique l’écrivain au quotidien espagnol El Diario. Comme il l’écrit dans son livre, « la faim n’existe pas en dehors des personnes qui en souffrent ». C’est pourquoi tout le travail d’auteur de Caparrós a consisté à « faire en sorte qu’au long des 600 pages que compte son essai, cette scène inaugurale importe » aux yeux du monde, résume Leila Guerriero dans El País ; qu’elle reste gravée, comme les histoires des dizaines d’autres personnes rencontrées au cours de ses…

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