Le roman vrai des Amazones
par Edith Hall

Le roman vrai des Amazones

Considérées depuis les années 1960 comme une fiction élaborée par une Grèce misogyne pour exalter a contrario la femme comme il faut, les Amazones tiennent aujourd’hui leur revanche. Présentes dans la plupart des contes et légendes d’Asie centrale, ces guerrières à cheval, habiles au tir à l’arc et intrépides, ont bien existé. L’archéologie désormais en témoigne.

Publié dans le magazine Books, avril 2015. Par Edith Hall

L’Amazone de la mythologie classique occupe toujours une grande place dans la culture contemporaine. Élevée au rang d’archétype, cette guerrière, habile au tir à l’arc et cavalière émérite, ennemie du patriarcat et affranchie de toute domination masculine, a fourni un modèle à d’innombrables femmes puissantes et excentriques : Elizabeth Ire et la Grande Catherine, mais aussi Wonder Woman et Katniss Everdeen, l’héroïne de Hunger Games. Ces guerrières de légende font aussi partie des figures omniprésentes dans l’art et la littérature des Grecs et des Romains. Rares étaient les temples antiques à ne pas posséder de bas-relief représentant les Amazones en plein combat, avec leur pantalon moulant aux riches motifs et leur bonnet de feutre muni de rabats couvrant les oreilles. De la plaine de Troie à l’aréopage d’Athènes en passant par les conquêtes d’Énée en Italie (origine légendaire de Rome) et les campagnes orientales d’Alexandre, elles interviennent dans la quasi-totalité des récits de guerre antiques, tant réels que mythologiques. Les historiens de l’Antiquité ont consacré aux Amazones des textes minutieux, en particulier à celles de Scythie. Ils nous les montrent parfois vivant à l’écart des hommes, dans des groupes matriarcaux où l’infanticide des garçons était monnaie courante ; d’autres nous racontent qu’elles tombèrent amoureuses de leurs voisins scythes, ou que des héros grecs à la virilité exacerbée étaient parvenus à les soumettre. En revanche, on ne les imaginait pas lesbiennes. Une autre légende répandue chez les modernes, selon laquelle elles se coupaient un sein pour tirer à l’arc plus facilement, n’est étayée par presque aucune source antique digne de foi. Cette idée dérive d’une étymologie fautive du mot « Amazone », rapproché par erreur du nom grec désignant la poitrine (mastos ou mazos). Le terme est en fait issu d’un vocable non hellénique (peut-être scythe ou iranien) et très ancien servant à désigner un peuple. Si Adrienne Mayor s’était contentée de montrer, avec sa rigueur académique et la poésie de son style, comment l’image des Amazones s’est transformée en Europe entre l’Antiquité, le Moyen Âge et le XVIIe siècle, sa contribution à l’histoire ancienne aurait été précieuse. Mais elle a fait bien davantage. En explorant avec soin la littérature, le folklore et les traditions ancestrales d’une myriade de peuples situés entre la Grèce, la Russie et la Chine (notamment les Kirghizes, les Azéris et les Tcherkesses), elle a fait tomber les murs qui séparent l’histoire culturelle de l’Occident et son pendant oriental. Toutes ces cultures font mention de guerrières à cheval, armées et intrépides. Pourtant, seul un petit nombre (dont Mulan, héroïne d’une romance chinoise) sont parvenues jusqu’à notre hémisphère. Dans les steppes, on voit encore des femmes armées chevaucher aux côtés des hommes ; au Kazakhstan, elles participent à des courses et des jeux équestres dangereux. Mayor fait le récit d’une rencontre fascinante, au début de l’ère moderne, entre des voyageurs et un groupe de ces cavalières. Les premiers conclurent assez raisonnablement que c’étaient les descendantes des célèbres Amazones…
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