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Les Bhutto, Borgia de l’Asie

À Islamabad, les mémoires de Fatima Bhutto, nièce et ennemie jurée de Benazir, fascinent les lecteurs et déchaînent la critique.

Le nom de Bhutto est à bien des égards devenu synonyme de Pakistan. Cette famille de riches propriétaires terriens joue en effet depuis plusieurs décennies un rôle politique majeur, d’abord à travers la figure de Zulfikar Ali Bhutto, qui dirigea le pays entre 1971 et 1977 avant d’être renversé, puis à travers celle de sa fille Benazir, deux fois Premier ministre. Beaucoup d’encre a déjà coulé sur les morts tragiques qui ont frappé la dynastie : Zulfikar a fini pendu, son fils Shahnawaz empoisonné, tandis que son autre fils Murtaza était tué au cours d’une fusillade et que Benazir périssait dans un attentat. Publiés en mars au Pakistan, en Inde et au Royaume-Uni, sous le titre Songs of Blood and Sword (« Chants de sang et d’épée »), les mémoires de Fatima Bhutto, nièce de Benazir et fille de Murtaza, font sensation à Islamabad. Malgré les critiques cinglantes de la presse nationale, qui dénonce une vision « partiale » de l’histoire. Fati
ma s’y attaque en effet à sa tante Benazir et au mari de celle-ci, l’actuel président Asif Ali Zardari, les accusant d’avoir orchestré les assassinats de son père et de son oncle. Une véritable « théorie du complot », résume Huma Imtiaz dans le quotidien pakistanais The News : « Fati­ma Bhutto insinue, en se fondant sur les seuls propos de l’avocat français Jacques Vergès, que Benazir a ordonné l’assassinat de Shahnawaz, empoisonné dans sa résidence de Cannes en 1985. Aucune enquête, que des insinuations ! » C’est que les « chants » de Fatima sont « une élégie à son père défunt », note la Literary Review de Londres. Elle avait 14 ans, en 1996, quand Murtaza fut tué, devant la maison familiale, dans une fusillade avec la police de Karachi. Benazir était alors Premier ministre, et l’enquête judiciaire avait conclu à la « probable complicité » de son administration. Aujourd’hui, Fatima est une jeune femme de 28 ans, souvent comparée à sa tante pour sa beauté et sa force de caractère. Car s’attaquer à l’icône Benazir et accuser Zardari de meurtre, « à l’heure même où il est au faîte de son pouvoir, relève de la bravoure », estime William Dalrymple dans le Financial Times. Pour cet historien, si l’ouvrage n’a rien d’objectif, il a le mérite « indiscutable » de démystifier l’image de Benazir Bhutto. « Depuis son assassinat en 2007, celle-ci est devenue une sorte de martyre de la paix et de la liberté. Les instincts politiques de cette femme corrompue étaient pourtant plus autocratiques que démocratiques. Des centaines d’opposants furent tués sous son gouvernement. Et c’est sous son égide que les services secrets pakistanais ont aidé les talibans à s’implanter dans le pays. Les “chants” de Fatima rappellent au monde les nombreuses insuffisances de Benazir. » Et plongent au cœur de la fascinante saga des « Borgia de l’Asie du Sud »
LE LIVRE
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Chants de sang et d’épée. Les Mémoires d’une fille, Penguin Books India

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