Les enfants d’Abraham en guerre

 Ardemment polythéiste, l'Inde semble fascinée par les monothéismes, si l'on en juge par le succès du dernier ouvrage de Talmiz Ahmad *. La notoriété de l'auteur, diplomate indien, actuel ambassadeur en Arabie Saoudite, y est pour beaucoup. Mais c'est la thèse du livre qui stimule le public : si « Les Enfants d'Abraham » – les trois monothéismes, chrétien, juif et musulman – se combattent depuis des siècles à tour de rôle, c’est que la violence est inscrite dans leurs gènes. Explication : « les concept de ‘’félicité éternelle’’, avec quelques variantes,  et de ‘’vie éternelle’’, sont au centre des trois principales croyances sémitiques » – cf.  Armageddon, la Seconde Venue du Christ, l’Imam Caché, etc. Avec ce corollaire : pour introduire l'ère nouvelle, il faut précipiter la fin de celle-ci, en hâtant le triomphe du Bien sur le Mal. Et c'est ainsi, commente Saeed Naqvi sur IndiaCom, que furent légitimées chez les peuples du Livre les violences religieuses, des croisades de Saint-Bernard à celles de George Bush. Talmiz Ahmad empile les citations érudites montrant la funeste rencontre des trois monothéismes autour des « concepts interchangeables de millénarisme, d’apocalyptisme, ou de messianisme », qui, à des degrés divers, font de la guerre une obligation religieuse, l'outil de la destruction du monde puis de sa divine rédemption. Christianisme, judaïsme, islamisme comportent chacun un « ferment de violence » et « se croient munis d'un mandat divin de destruction » ; « la religion fournit de plus en plus l'idéologie, la motivation et la structure organisationnelle pour perpétrer la violence dans le monde ». 

 
L'auteur « traite équitablement des trois religions et de leurs responsabilités réciproques dans leur clash messianique », juge John Cherian dans The Hindu. Pourtant, même si « la part des trois religions dans la poussée des terrorismes est à peu près égale », c'est le christianisme et le judaïsme, désormais complices, qui semblent porter la plus grande responsabilité du conflit actuel avec l'islam. Cela n'a pas toujours été le cas : les monarchies princières du Moyen-Orient ainsi que les combattants afghans étaient les alliés objectifs de l'Ouest dans la lutte contre le communisme athée. Mais la convergence entre néo- cons, droite chrétienne, et sionisme militant, ainsi que, ajoute impétueusement Fabian KP dans le Business Standard, « la permanence en Occident de la mentalité des croisades », a suscité en retour une irrésistible « spiritualisation de la violence » dans le monde musulman. Un espoir toutefois : à l'instar de ses sujets d'étude, Talmiz Ahmad semble lui aussi croire en l'émergence d'un homme providentiel. En l'occurrence… Barak Obama ! – seul capable, spécule diplomatiquement l'auteur, de susciter « une nouvelle ère de dialogue, de compréhension et de respect entre les trois frères » désunis. Inch’Allah !
 
* Children Of Abraham At War, the Clash of Messianic Militarisms (Les enfants d’Abraham en guerre. le choc des messianismes militaires »), AAKAR, Delhi, 2010.

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