Les Français ne croient à rien
Publié dans le magazine Books n° 21, avril 2011.
En 1831, le poète allemand Heinrich Heine s’installe à Paris (où il mourra en 1856 et où il est enterré, au cimetière du Père-Lachaise). Il y devient le correspondant de l’Allgemeine Zeitung. En juin 1832 éclate une insurrection républicaine que Louis-Philippe, roi du juste milieu, réprime dans le sang. Celle que décrit Hugo dans Les Misérables. Elle inspire à Heine un texte qui vient d’être réédité outre-Rhin. On y lit la crainte que le républicanisme français ne génère une sorte de nihilisme : « Lors de chaque événement, les Français secouent la tête et haussent les épaules d’incrédulité. Ils ne doutent de presque rien, car le doute suppose une croyance, et on ne croit plus à quoi que ce soit. Il n’y a pas ici d’athées ; on n’a pas pour le bon Dieu assez de respect pour prendre la peine de nier son existence. L’antique morale n’est plus qu’un fantôme qui n’apparaît même plus la nuit. »