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Les illusions perdues de saint François

À 25 ans, Francesco décide de vivre en conformité absolue avec l’Évangile. Il renonce à tous ses biens, quitte sa famille, et erre pieds nus dans les environs d’Assise vêtu d’une simple tunique de toile. Cet homme excentrique et doux qui soignait les lépreux, parlait aux animaux et se disait frère de toute la Création attira à lui des milliers de fidèles, qui essaimèrent dans l’ensemble de l’Europe. Mais la radicalité du message franciscain originel fut bien vite tempérée par une Église opulente en guerre contre les hérésies.

« Pourquoi toi ? » Un homme adressa un jour cette question à Francesco di Bernardone, celui que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de saint François d’Assise. Né en 1181 (1), François était chétif et ne payait pas de mine. Il portait une tunique crasseuse, avec un bout de corde en guise de ceinture, et allait pieds nus. Quand il prêchait, on le voyait souvent danser, fondre en larmes, pousser des cris de bête, se dévêtir pour ne garder que ses sous-vêtements, ou jouer de la cithare. Ses yeux noirs étincelaient. Bien des gens le jugeaient fou ou dangereux. On lui jetait de la boue. Les femmes, à son passage, s’enfermaient à double tour.

Il acceptait tout cela sereinement. Les traits de caractère qui le firent d’abord passer pour un marginal sont ceux-là mêmes qui finirent par lui donner l’allure d’un saint. Ses paroles, écrit un témoin, étaient à la fois « apaisantes, brûlantes et pénétrantes ». Il avait l’art de « faire une langue de tout son corps ». Désormais, les cloches des églises le saluaient à son entrée dans une ville. Les gens récupéraient l’eau où il s’était lavé les pieds ; elle guérissait, disait-on, les vaches malades.
Plusieurs années avant sa mort, François était déjà considéré comme un saint. Huit siècles plus tard, son prestige est toujours intact. La Vierge Marie exceptée, il est le plus célèbre et le plus respecté des saints catholiques. En 1986, quand le pape Jean-Paul II organisa une conférence œcuménique mondiale pour la paix, il décida qu’elle se tiendrait à Assise. François est particulièrement aimé par les défenseurs de causes marquées à gauche : militants des droits des animaux, féministes, écologistes et végétariens (bien que lui-même ne le fût pas). Mais il n’est pas nécessaire d’être de gauche pour adorer François. Il est le saint patron (avec Catherine et Bernardin de Sienne) de la nation italienne.

Naturellement, une foule de livres lui sont consacrés. Sa première biographie a vu le jour quelques années après sa mort, et de nouveaux opus n’ont cessé de paraître depuis. Deux ouvrages ont été récemment publiés en anglais à son sujet. Le premier, François d’Assise, entre histoire et mémoire, est signée André Vauchez, professeur émérite à la Sorbonne (2). L’autre, « François d’Assise : une nouvelle biographie », est l’œuvre d’Augustine Thompson, un prêtre dominicain. Ces deux livres attestent que l’Église ne s’est pas encore remise du choc que fut pour elle ce grand réformateur.

François était issu d’une famille de nouveaux riches. Son père, Pietro, était un drapier prospère, à une époque où la classe des marchands se développait et où l’habit faisait vraiment le moine. Comme pour la plupart des garçons de son milieu, la scolarité de François dura seulement quelques années, suffisantes pour acquérir les compétences nécessaires à un marchand de tissu. Adolescent, il faisait partie d’une bande de noceurs issus de riches familles d’Assise. Lors d’une soirée typique, après un bon repas, ils se saoulaient et, comme l’écrit un des premiers biographes du saint, se livraient « à tous les genres de débauche ». Garçon intrépide, François faisait office de chef et réglait la note, ce qui le rendait populaire. Pietro se rendait souvent en France pour affaires, et son fils finit sans doute par l’accompagner. Durant ces voyages, il apprit probablement le français ainsi que le style poétique des troubadours (3). Cette poésie, d’après certains spécialistes, irrigue jusqu’à ses écrits les plus telluriens, en particulier le Cantique des créatures, selon certains le plus ancien poème rédigé en italien, dans lequel l’auteur s’adresse au soleil et au vent avec humilité et vénération (4).

Le monde de François était saturé de violence : elle régnait entre la papauté et le Saint Empire romain germanique, entre Assise et d’autres cités, et, au sein même de la ville, entre la classe des marchands et l’aristocratie locale. Il n’était pas rare qu’une personne se fasse poignarder sous les yeux du jeune homme. François avait à peu près 21 ans, en 1202, quand il participa à une bataille opposant Assise et Pérouse. Il était semble-t-il ravi de partir au combat. Cela lui donnait le droit de porter de beaux vêtements et de monter un excellent cheval. Mais Assise fut rapidement vaincue. Le jeune homme dut croupir un an au fond d’une prison humide, en compagnie des rats, en attendant que son père parvienne à payer sa rançon. C’est vraisemblablement dans le cachot que sa mue commença. Après sa sortie, ses amis remarquèrent qu’il avait perdu le goût de la fête. Hors des murs de la ville, il découvrit une petite église abandonnée où il passait des journées entières à prier. Il finit par y passer aussi ses nuits.

 

Fils de Dieu

Comme l’explique Augustine Thompson, l’affaire de Pietro di Bernardone était probablement financée par la dot de son épouse. Quand elle mourrait, une bonne part de la fortune familiale devait revenir à François, qui promettait de faire un piètre gardien du négoce paternel s’il devait passer ses journées en communion avec Dieu. Il avait alors environ 25 ans. Pietro l’amena devant le tribunal ecclésiastique de la ville, et l’accusa d’avoir manqué à ses responsabilités. François approuva les paroles de son père et renonça à tous ses droits. Alors, racontent ses premiers biographes, il retira tous ses vêtements, les déposa aux pieds de son géniteur, et proclama qu’à compter de cet instant il serait le fils de Dieu, et non plus celui de Pietro di Bernardone. Rien n’indique que François se soit de nouveau entretenu avec ses parents après cela.

Dans un texte intitulé Testament et rédigé peu avant sa mort, François explique que sa conversion était née de son engagement auprès des lépreux, nombreux dans les environs d’Assise. « Voici, raconte-t-il, comment le Seigneur me donna, à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux ; et je les soignais de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. » À l’époque, les populations avaient les lépreux en horreur, non seulement en raison de leurs difformités physiques (lésions de la peau et moignons), mais aussi parce qu’on croyait la maladie liée à leurs péchés. Quand un malade voulait s’approcher d’une ville, il devait le faire de nuit et agiter une crécelle pour avertir les habitants de sa présence. Dans Les Onze Fioretti de François d’Assise, de Roberto Rossellini, le meilleur des nombreux films consacrés au saint, on voit un lépreux passer, sonnant sa cloche, devant la cabane où celui-ci est couché en compagnie de ses disciples. François se lève, rattrape l’homme et le prend dans ses bras. On distingue obscurément le malade, sa peau noircie, son éclat poisseux. Sur l’écran se détache le visage du saint, sans larmes, le regard ardent. Cette scène, l’une des plus fortes du cinéma occidental, résume l’idéal qui consumait le jeune François. D’après sa nouvelle vision du monde, plus une personne était méprisée, et plus elle était semblable à Jésus dans ses dernières douleurs, abandonné de presque tous ceux qu’il était venu sauver. Pour suivre l’enseignement du Christ, il fallait donc rejoindre les rangs de ceux qui subissaient le même abandon.

C’est vers cette époque, raconte le saint dans son Testament que « le Seigneur [lui donna] des frères ». En 1206, l’année même où il renonça à son héritage, deux jeunes gens d’Assise le rejoignirent. Deux ans plus tard, le groupe comptait douze membres. Le mouvement franciscain était né. Pour François, les biens matériels, objets de convoitise et donc source de conflits, étaient ce qu’il y avait au monde de plus destructeur pour la paix. La communauté vivait donc dans un dénuement aussi absolu que possible. Pour y être admis, il fallait vendre l’ensemble de ses biens, donner l’argent aux pauvres et rompre toute relation avec sa famille. Les disciples de François s’habillaient comme lui, d’une simple tunique sale, sans même des souliers. Ils avaient élu domicile dans une petite cabane en ruine à la lisière de la ville. Quand le propriétaire décida d’y loger son âne, les occupants furent expulsés. Ils trouvèrent alors, dans le quartier de Portiuncula, une église délabrée, Santa Maria degli Angeli, et aménagèrent sur son pourtour des cellules aux murs de torchis. C’est là qu’ils s’établirent jusqu’à la mort de François.

Le jour, les frères accomplissaient les tâches qui, d’après leur guide, s’accordaient le mieux aux commandements de l’Évangile. Ils restauraient les églises, soignaient les lépreux, s’acquittaient de travaux manuels auprès de paysans et d’artisans, prêchaient et priaient. Pour prix de leur travail, il leur était permis d’accepter du pain et des fruits, mais pas d’argent. Ils n’avaient pas non plus le droit de mettre des vivres de côté pour le lendemain. Ni d’être propriétaires des lieux où ils résidaient : l’église de Portiuncula était louée à un abbé des environs.

La règle de pauvreté impliquait l’humilité. Dans son Testament, François écrit que ses disciples et lui étaient au service de tous, et au-dessus de personne. Il finit par les appeler « Frères mineurs », nom qui est parvenu jusqu’à nous. Les membres de la communauté devaient se considérer comme les frères de tout le monde, même de ceux qui menaient une vie en totale contradiction avec leurs idéaux – en particulier les riches. Certains réformateurs politiques qui auraient voulu faire de François leur champion ont dû y renoncer : le saint ne voulait pas transformer la société. Le marxiste italien Antonio Gramsci, dans ses Cahiers de prison, présente François, avec un mépris poli, comme l’exemple d’une dévotion conduisant à la passivité, tel « un matelas contre une balle de fusil », dans un contexte médiéval d’exploitation des pauvres par les riches.

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La méfiance de François pour la culture livresque était un autre corollaire de son vœu d’humilité. C’est presque avec fierté, apparemment, qu’il se qualifiait lui-même d’« illiteratus » [illettré, ignorant]. Il ne posséda jamais d’exemplaire complet de la Bible, et ne fut jamais ordonné prêtre. Pour lui, le savoir tiré des livres exhalait un parfum de richesse (il est vrai que seuls les riches avaient alors des livres) et donc d’arrogance. Une source médiévale rapporte cette réponse qu’il fit à un novice réclamant un psautier : « Quand tu auras un psautier, tu voudras un bréviaire ; et quand tu auras un bréviaire, tu t’assiéras sur un trône à la manière d’un grand prélat, et tu ordonneras à ton frère : “Apporte-moi mon bréviaire !” » Il prit alors des cendres dans le foyer et s’en frotta le corps tout en répétant : « Je suis un bréviaire ! Je suis un bréviaire ! » Avec le temps, cette hostilité du saint envers l’étude conduisit plusieurs contemporains (en particulier les membres d’ordres religieux qui se consacraient à l’instruction, tels les dominicains) à voir dans les franciscains une bande d’excentriques et d’imbéciles, ce qu’étaient sans conteste certains d’entre eux. François accueillait dans sa communauté tous ceux qui se présentaient. Il n’y avait ni mise à l’épreuve ni période probatoire.

À première vue, l’anecdote du psautier présente le saint sous les traits d’un homme aux principes inflexibles. Ce n’était pas le cas. Pour chaque règle, il inventait sur-le-champ des exceptions. Un frère n’avait pas le droit de monter à cheval (symbole de richesse), mais il y était soudain autorisé s’il était malade. Aucun nouveau membre, en abandonnant ses biens, ne pouvait les transmettre à sa famille ; mais si un homme, en donnant son bœuf, risquait d’appauvrir les siens, l’animal restait à la maison. François était favorable aux pratiques de mortification (jeûne, chemises de crin), mais il ne mangeait pas d’insectes, et mettait en garde sur les conséquences néfastes des jeûnes prolongés pour « frère Corps » (5).  De même, il conseillait parfois à ses disciples de trouver leur propre chemin vers le salut. Sur son lit de mort, il leur dit ceci : « J’ai fait ce qu’il m’appartenait de faire. Puisse le Christ vous enseigner ce qui vous revient. » C’est étrange, étant donné la manière très précise dont il définissait le programme d’une vie chrétienne. Ce n’était peut-être pas intentionnel, mais il se montrait souvent permissif.

Cela tenait en partie, sans aucun doute, à un autre de ses traits de caractère, attesté par tous ceux qui l’ont connu : une douceur naturelle hors du commun. Il était courtois, affable, extraverti (et même drôle, qualité dont les saints sont parfois avares) et il exhortait souvent ses frères à être joyeux, comme si c’était l’un de leurs devoirs. Voilà pourquoi, au grand regret de Gramsci, il était incapable de haine. On peut dire qu’il vivait dans une sorte de transe. Pas au sens propre bien sûr, puisqu’il dirigea tout de même pendant plus de douze ans une organisation bien réelle. Mais il était différent, sur le plan moral, de la plupart d’entre nous. Un petit livre de la fin du XIVe siècle, I Fioretti di San Francesco (« Les petites fleurs de saint François » – le texte sur lequel se fonde le film de Rossellini), retrace la vie du saint à travers une succession de miracles. Dans un chapitre, on nous raconte ainsi que les habitants de Gubbio étaient victimes des attaques d’un loup féroce et avaient peur de s’aventurer hors de la ville. François alla donc à la rencontre de l’animal et l’admonesta sévèrement, lui disant qu’il méritait d’être pendu pour ses crimes. Mais le saint homme ajouta qu’il comprenait bien que le loup agissait ainsi car il avait faim. Si les habitants de la ville lui donnaient à manger tous les jours, s’engageait-il à cesser de les attaquer ? François étendit la main, et « le loup leva sa patte droite de devant et la posa familièrement sur la main de saint François, lui donnant ainsi le signe de foi qu’il pouvait ». Le contrat fut respecté. Quand le loup mourut, deux ans plus tard, la population en fut attristée.

Au XIIe et au début du XIIIe siècle, une vague d’hérésies déferla sur l’Europe occidentale. Des groupes de pénitents allaient de ville en ville, exhortant les populations à réformer leur vie. Certains de ces groupes, ceux surtout qui dénonçaient la corruption de l’Église, furent la cible de persécutions. En 1209, le pape lança la croisade des Albigeois contre les hérétiques du sud de la France. En une seule journée, 20 000 personnes furent massacrées (6). Cette année-là ou la suivante, François se rendit à Rome afin d’obtenir pour sa communauté l’agrément papal, qui devait lui permettre de parer à toute accusation d’hétérodoxie. La pauvreté qu’affichaient les membres du groupe pouvait facilement passer pour un reproche adressé à l’Église et à sa richesse ostentatoire. On peut légitimement se demander comment François s’est imaginé que ses hommes et lui, alors quasi inconnus, pourraient se rendre à Rome pieds nus et obtenir une audience du pape. Et pourtant, comme cela arriva si souvent au début de la carrière du saint, ce qu’il espérait devint réalité. Il put compter toute sa vie sur le soutien d’amis puissants, et deux d’entre eux, haut placés dans la hiérarchie ecclésiastique, intercédèrent en sa faveur auprès du souverain pontife.

 

Chasse aux hérétiques

Le saint était en outre protégé par l’obéissance sincère dont il faisait preuve envers l’institution. En ce temps-là, bon nombre de chefs religieux radicaux affirmaient que l’Église, comme le reste du monde matériel, incarnait le mal (7). François, au contraire, ne haïssait pas le monde (il l’adorait) et affirmait qu’il ne critiquerait jamais les prêtres : eux seuls, en effet, s’étaient vu confier le pouvoir de célébrer l’Eucharistie, c’est-à-dire de nous offrir le corps et le sang de Jésus, et donc de nous faire communier avec lui.

C’est exactement ce que Rome voulait entendre. Vers cette époque, conséquence de la chasse aux hérétiques, on accusait les chefs de l’Église de persécuter toute secte principalement composée de non-religieux. Or, un groupe de laïcs évangéliques auquel ils pouvaient ouvertement apporter leur soutien se présentait justement à eux. Le pape leur accorda donc son assentiment, mais de manière limitée. Les franciscains étaient uniquement autorisés à prêcher la repentance. Cet agrément, sans les élever à la dignité d’un ordre religieux, leur offrait une certaine protection contre les accusations d’hérésie.

La position dont jouissait désormais François lui permettait d’étendre son groupe afin de diffuser son message. Dès 1217, il dépêchait des hommes en France, en Allemagne, en Hongrie, en Espagne ainsi qu’au Moyen-Orient. Comme d’habitude chez les franciscains, les préparatifs de ces expéditions furent rudimentaires : la plupart des frères ne parlaient pas la langue des pays où ils devaient se rendre. En Allemagne, écrit Augustine Thompson, ils répondaient « ja » à tout ce qu’on leur disait, ce qui finit par leur valoir la prison, et pire encore. Ils gagnèrent ensuite l’Afrique du Nord, et, en 1220, cinq d’entre eux furent assassinés au Maroc. D’autres s’en revinrent à Assise, découragés. François leur reprocha de ne pas accepter docilement les persécutions. En 1219, il était lui-même parti sur les routes, poussant jusqu’en Égypte, où campaient les soldats de la cinquième croisade (8), dans le but de convertir au christianisme al-Malik al-Kâmil, sultan d’Égypte, de Syrie et de Palestine. Comme on pouvait s’y attendre, il ne parvint pas à ses fins, même si les deux hommes eurent apparemment un entretien poli.

 

Subversion des règles

Les franciscains, comme bien d’autres mouvements radicaux, avaient pour ciment la personnalité de leur fondateur. Les hommes adoraient François, et il pouvait les contrôler d’un seul regard, d’un seul mot. Mais de nombreux franciscains, à présent, n’avaient jamais rencontré François, ou le voyaient rarement. Il était inévitable qu’ils finissent par s’écarter des règles. Ils y étaient même parfois contraints. En dépit de leur promesse de mener une vie de pauvreté, ils ne pouvaient pas, en Allemagne, dormir à même le sol en hiver. Le temps aidant, ces dispenses se multiplièrent. Après tout, coucher à la dure était pénible en Italie aussi. Entre-temps, le franciscanisme était devenu célèbre. On offrait aux frères des lits, et une place respectée dans la hiérarchie de l’Église. Le voyage de François en Égypte l’éloigna d’Assise durant moins d’une année, mais, quand il revint, certaines règles essentielles à ses yeux avaient été subverties, souvent pour les conformer aux pratiques d’autres groupes religieux. Leur fondateur avait toujours eu le sentiment que les franciscains n’étaient aucunement tenus de ressembler à un autre groupe. Cette singularité avait été autrefois sa fierté et celle de ses disciples. Plus maintenant. Mais qu’y faire ? Les frères se comptaient désormais par milliers, et ils œuvraient dans toute l’Europe. Comment pouvait-il les tenir tous sous l’emprise de son regard et de ses paroles ?

Il renonça. En 1220, peu après son retour, il confia à un autre frère l’administration directe de la communauté. Il autorisa, quelques années plus tard, la nomination d’un cardinal de l’Église comme protecteur de l’ordre, qui comptait alors environ 5 000 membres. On lui demanda également de concevoir une « règle », un ensemble de devoirs s’appliquant aux frères ; quand cette règle reçut l’approbation du pape, les franciscains furent officiellement reconnus comme un ordre religieux au sein de l’Église. François avait toujours appréhendé ce nouveau cap, car il plaçait la communauté sous l’autorité directe de Rome ; et aussi, encore une fois, parce qu’elle devrait dès lors se conformer aux pratiques des autres ordres. Que François n’ait jamais critiqué l’Église n’implique pas qu’il ait toujours été d’accord avec elle.

Toutefois, l’expansion de l’ordre n’était pas la seule raison de son retrait. François était gravement malade, et il devait le rester durant les six dernières années de sa vie. Il avait contracté, en Égypte, la malaria et un trachome, infection oculaire terriblement douloureuse. On dit aussi qu’il vomissait du sang, ce qui fait penser à un ulcère. Quand il s’autorisa enfin à consulter un médecin, celui-ci décida de lui cautériser le visage de la mâchoire aux tempes, afin d’arrêter l’écoulement de ses yeux. En voyant le fer chaud, François dit : « Mon frère le feu, toi qui es noble et utile entre toutes les créatures, sois à cette heure courtois à mon égard (…). Je prie aussi notre Créateur, qui nous a l’un et l’autre créés, qu’il tempère assez ta chaleur pour que je puisse la supporter. » Les autres frères sortirent de la chambre en courant. Le traitement échoua, et on décida de lui percer les tympans. Ce qui fut également sans effet. Cet épisode est d’une lecture particulièrement éprouvante.

En cédant le contrôle du groupe, François espérait pouvoir conduire encore les hommes par son exemple, mais son influence ne tarda pas à faiblir. Cela le mettait en rage. « Qui sont ceux qui m’ont arraché mon ordre et mes frères des mains ? » hurlait-il. Un jour, voyant que les franciscains avaient construit, pensait-il, un nouveau bâtiment pour leur propre usage, en violation de la règle de pauvreté, il grimpa sur le toit et se mit à arracher les tuiles une à une et à les jeter au sol. Rompant avec ses manières plus douces d’autrefois, il maudissait ceux qui s’opposaient à ses vues. François offrait un bon exemple de ce qu’on pourrait appeler, dans les annales de l’histoire, l’« aîné importun » : celui qui initie la révolution et devient, une fois qu’elle triomphe, un inconvénient, voire une gêne pour la génération suivante. (On peut penser, par exemple, à Gandhi.) Les nouveaux venus l’honorent (ils y sont bien obligés), mais ils souhaitent qu’il s’en aille, pour leur permettre de « travailler à l’intérieur du système » et de se détendre un peu.

Plus il souffrait, plus François se retirait du monde. C’est dans un ermitage montagnard qu’il vécut, en 1224, le dernier grand épisode de sa vie : la réception des stigmates. L’événement se produisit alors qu’il se trouvait seul, et il garda la chose secrète, de sorte que l’histoire nous est parvenue sous différentes versions. Il existe même un livre de presque 400 pages, « Les stigmates de saint François d’Assise » (9), du franciscain allemand Octavian Schmucki, qui a rassemblé et analysé les diverses narrations de l’épisode. Selon le scénario retenu par Schmucki, et qui est généralement admis par les autres auteurs, François, tandis qu’il priait, leva les yeux vers le ciel et vit un homme (ou un séraphin, ou encore Jésus) muni de trois paires d’ailes et accroché à une croix. Quand la vision disparut, François découvrit sur son corps des plaies ressemblant à celles de Jésus crucifié. Il avait au flanc droit une blessure ouverte qui saignait. Sur ses paumes et le dessus de ses pieds apparaissaient des protubérances noires et charnues (et non les trous sanglants qu’ont souvent représentés les peintres) évoquant des têtes de clous, alors que sur la face opposée (le dessus de ses mains et la plante de ses pieds) d’autres protubérances ressemblaient à des pointes de clous recourbées.

Certains auteurs ont rapporté l’événement comme un grand miracle. Le roman de Nikos Kazantzakis Le Pauvre d’Assise (10) représente le saint dans un cercle de feu, en train de crier « Encore ! encore ! » À l’autre extrémité du spectre, on trouve ceux pour qui toute l’affaire est une supercherie. Un ouvrage du XVIe siècle signé par un pasteur allemand, et préfacé par Martin Luther, émet l’hypothèse que François reçut ces blessures au cours d’une bagarre contre saint Dominique, qui l’aurait blessé avec un tournebroche. Au début du XXe siècle, l’interprétation psychosomatique connut une certaine vogue. Aujourd’hui, les spécialistes ont tendance à écarter la question des causes du phénomène.

Vauchez pense que la stigmatisation, en confirmant que le Christ reconnaissait la dévotion du saint, fut pour François une source d’apaisement, ce que traduirait la rédaction du « Cantique de frère Soleil », avec son accent mis sur Dieu le Père et la beauté de Sa Création, par opposition au Fils et à Ses supplices. Quoi qu’il en soit, François souffrait encore le martyre. Dans la cellule de torchis où il s’obstinait à loger, il était étendu, tremblant de fièvre à cause de la malaria, vomissant du sang, les yeux suintant. Auparavant, il n’évoquait que rarement l’enfer et le péché. S’il souhaitait que les gens fassent repentance, cela voulait surtout dire aimer son prochain. À présent, il tempêtait, lançait des imprécations et parlait des démons. Il ajouta deux strophes au « Cantique de frère Soleil », dont la dernière rend hommage à « sœur Mort ». Il attendait ouvertement sa venue et, en 1226 (il était âgé de 44 ou 45 ans), elle finit par arriver.

La plaie ouverte par le schisme entre François et les membres centristes de son ordre ne s’est jamais refermée. À l’instant où il mourut, l’Église redoubla d’efforts pour s’approprier cette figure vénérée. Dans les deux ans qui suivirent son trépas, il fut canonisé, et les travaux de construction d’une basilique en son honneur commencèrent à Assise. Le bâtiment devint finalement un vaste sanctuaire. En plus d’une double église (l’une était placée au-dessus de l’autre, et la crypte de saint François se trouvait à l’étage inférieur), une sorte de palais était destiné à accueillir les dignitaires de passage. Plusieurs papes y séjournèrent. Plus tard, on y ajouta des fenêtres ornées de vitraux et les fresques de Giotto, aujourd’hui si célèbres. C’était l’hommage de l’Église à un homme qui n’eut jamais plus d’une tunique, et qui défendait à ses hommes de posséder jusqu’au toit qui les abritait. Avec la construction de la basilique, la pauvreté franciscaine, précepte fondateur de l’ordre, devint une pieuse fiction. Les supérieurs furent bientôt autorisés à manier l’argent ; des prêtres de l’ordre jouirent de privilèges refusés aux frères laïcs ; le « chapitre général » annuel était limité aux représentants des frères, et ainsi de suite. Il est difficile de trouver un principe franciscain important qui n’ait été violé. Cette période représente pour Vauchez la « seconde mort » de François.

 

Les grillons chantaient quand il le voulait

Certains compagnons du saint lui survécurent durant de nombreuses années et restèrent fidèles à son code ; ce fut aussi le cas de recrues ultérieures, qui avaient rejoint l’ordre en raison de ce même code. Les dénommés Spirituels, qui protestèrent bruyamment contre l’abandon des règles de François, sortirent des rangs de ces loyalistes. L’Église finit par les mettre au pas. En 1323, le pape décréta que toute personne proclamant que Jésus et ses disciples vivaient dans une pauvreté absolue (croyance qui était l’une des sources d’inspiration de la règle franciscaine) se rendait coupable d’hérésie. Certains Spirituels furent condamnés à mort.

Les deux camps n’ont cessé depuis de justifier leurs positions dans leurs écrits. La première biographie du saint qui ait bénéficié d’une large diffusion (1263) fut l’œuvre d’un savant respecté, Bonaventure de Bagnoregio – le futur saint Bonaventure (11). Le François qu’il dépeint est un mystique, un faiseur de miracles, voire un ange. (Les grillons chantaient quand il le voulait ; un faucon le réveille toutes les nuits à l’heure où il doit dire la messe…) Mais il n’est ni un penseur ni un moraliste, c’est-à-dire une personne dont les opinions étaient susceptibles d’être prises au sérieux par l’Église. Ce n’est pas un hasard si le chapitre général, après avoir commandé cette biographie à Bonaventure, ordonna dès sa parution que tous les écrits antérieurs consacrés au saint soient détruits. Fort heureusement, tout le monde n’appliqua pas la consigne.

À l’époque moderne, l’opinion contraire s’exprima de manière fracassante dans la Vie de saint François d’Assise (1893-94) de Paul Sabatier. Ce pasteur français accusait les dignitaires de l’Église médiévale d’avoir délibérément tenté d’étouffer la vérité au sujet du saint homme. Ils auraient détruit des documents et en auraient falsifié d’autres afin de bâillonner le dangereux radicalisme d’une nouvelle théologie fondée sur l’Évangile. C’est, sous une forme plus modérée, la thèse qu’avaient défendue les Spirituels depuis le début. La vraie nouveauté, chez Sabatier, résidait dans sa manière d’argumenter. La plupart des écrits antérieurs consacrés à François relevaient de l’hagiographie. Leur objectif était d’exalter le saint, sans se soucier des preuves. Sabatier, à l’inverse, remonta aux sources les plus anciennes (y compris les écrits de François, qu’on avait jusqu’alors passablement ignorés) et exerça sur elles son esprit critique, de manière à élaborer et étayer ses propres hypothèses. Son ouvrage incita les chercheurs à retrouver, rééditer et retraduire les textes franciscains. Désormais, les auteurs n’osaient plus publier leurs essais sans y adjoindre des notes de bas de page. Sabatier, comme l’écrit Vauchez, fut l’initiateur d’une « historiographie du soupçon ».

Vauchez et Thompson sont tous deux des héritiers de Sabatier. Tous deux se passionnent pour la question des sources. La vie du saint n’occupe que la première moitié du livre de Thompson ; l’essentiel de la seconde partie est une analyse des documents sur lesquels l’auteur s’est appuyé. Quand à Vauchez, il ne consacre qu’un tiers de son essai à la biographie de son héros. Le reste consiste en chapitres sur la manière dont l’histoire a traité François, sa relation avec Dieu, la nature, l’Écriture, etc.

 

Un piètre administrateur

Le livre de Thompson est le plus conservateur des deux. Il estime que nous pouvons débusquer un « François historique ». (Bon nombre de théologiens ont cessé il y a des années de tenter de retrouver la trace du « Jésus historique ».) En un sens, c’est une bonne chose, car Thompson est attentif aux petits détails ingrats. C’est grâce à lui que nous apprenons l’histoire de la dot maternelle. D’un autre côté, il est animé par la conviction romantique qu’il pourra faire apparaître « l’homme qui se cache derrière les légendes ». Or, ce qu’il trouve derrière les légendes, c’est un individu qui a traversé des crises, des moments de frustration et des dépressions. Thompson adresse un reproche particulier à François : c’était un piètre administrateur. Il n’avait pas de politique cohérente, prenait ses décisions dans la précipitation, refusait de donner des instructions précises à ses ouailles. On pourrait objecter que le fait de donner des ordres aurait contredit sa règle d’humilité, mais, avant même de formuler cette objection, on remarque que Thompson tend lui-même à se contredire d’une page à l’autre. Il écrit ainsi que François n’a jamais, de notoriété publique, réprimandé les frères que pour un seul motif : les peines physiques excessives qu’ils s’infligeaient. Or, à la page suivante, il explique que François morigéna les frères parce qu’ils n’acceptaient pas sereinement les persécutions dont ils étaient l’objet durant leurs prédications à l’étranger. Plus irritant encore, l’historien attribue au saint lui-même ces traits d’incohérence. Il semble le prendre pour un névrosé. Il écrit que, à Damiette, en Égypte, « le petit moine, pas vraiment à sa place, errait dans le camp et faisait bruyamment part aux soldats de ses sujets d’inquiétude, avec semble-t-il une agitation extrême ». Mais Thompson se souvient-il que ce même petit moine pas vraiment à sa place fut l’un des rares à obtenir une audience auprès du sultan ? « Je reconnais, écrit-il, n’avoir jamais éprouvé une grande dévotion à l’égard de saint François », tout en ajoutant que son respect pour le saint a augmenté en écrivant son livre. Pas de beaucoup, semble-t-il. On ne peut toutefois qu’éprouver de la sympathie pour Thompson. Il fait de son mieux pour ne pas céder à la sentimentalité qui se dégage trop souvent des récits mettant en scène un François capable de raisonner les loups et prenant les lépreux dans ses bras. Mais ce qui ressort au bout du compte, c’est un ton parfois plein d’amertume.

L’essai de Vauchez, le meilleur des deux, est cependant par moments très étrange. Bien que l’auteur soit un laïc, il se montre beaucoup plus passionné dans l’expression de ses sentiments religieux que Thompson, pourtant prêtre. Vers la fin du livre, il assimile François à l’ange du sixième sceau mentionné par l’Apocalypse (7 :2-3), « montant de l’Orient (…) et disant : “Ne malmenez pas la terre, la mer ou les arbres” ».

Et pourtant, Vauchez a une tendance encore plus marquée que Thompson à louvoyer. Ce défaut est particulièrement pénible dans les passages traitant des conflits internes de l’ordre. L’auteur fulmine contre ceux qui violent les convictions de François puis, prenant un ton pragmatique, affirme que de telles infractions étaient nécessaires, et même acceptables. La manœuvre n’est pas nouvelle. Le défi lancé par François à la corruption de l’Église a été repris à leur compte par bien d’autres (les frères Berrigan (12) ; la théologie de la libération). Au cours des dernières décennies, avec la découverte des évangiles gnostiques, on nous a de nouveau expliqué que l’Église avait réduit au silence les voix de ses rivaux, et étouffé le fait que certaines communautés paléochrétiennes obéissaient à des règles beaucoup plus strictes que celles en vigueur à Rome, déplorant l’état du monde et régulièrement visitées par des apparitions. Mais, bientôt, des spécialistes sont venus affirmer que, si les gnostiques avaient peut-être en effet entretenu de telles croyances, celles-ci n’auraient pu servir de fondation à l’Église. Un programme plus pratique était nécessaire.

L’objection est toujours la même – on ne peut concilier le radicalisme religieux et la construction d’une Église – et elle n’est pas dénuée de sens. (Vous voulez vraiment vous promener en mendiant ? Vous voulez vraiment que Giotto n’ait pas peint ses fresques ?) François, toutefois, voyait les choses autrement. Il insistait sur le fait qu’il était un bon catholique et que ses principes émanaient directement de la Bible. L’Église, censée être là pour répandre le message biblique, devait donc s’aligner sur lui. Même avant sa mort, la plupart des franciscains adoptèrent en hâte une position médiane, mais certaines personnes remarquèrent, avec le temps, qu’au moins un être humain avait vécu conformément aux principes exposés par le Christ et les fondateurs des principales religions du monde. Vauchez trouve dans cette idée un certain réconfort. Il cite l’historien français du XIXe siècle Ernest Renan, qui affirma, comme le résume Vauchez, que l’exemple de François « apporte la preuve que le christianisme, au moins une fois, a été vécu par un être humain dans toute sa radicalité dans le contexte d’une existence historique ; cela nous permet d’entretenir l’espoir que ce grand mouvement, récupéré et détourné par l’Église, puisse un jour retrouver son influence ». Mais une seule personne, une seule fois, cela fait un maigre échantillon.

 

Cet article est paru dans le New Yorker, le 14 janvier 2013. Il a été traduit et annoté par Arnaud Gancel.

Notes

1| Ou 1182, selon les sources.

2| Fayard, 2009. Traduit en anglais sous le titre Francis of Assisi: The Life and Afterlife of a Medieval Saint (Yale University Press, 2012). Spécialiste de l’histoire religieuse au Moyen Âge, André Vauchez a dirigé l’École française de Rome et est, depuis 1998, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

3| Baptisé sous le nom de Giovanni, le futur saint fut peut-être surnommé « François » en mémoire des succès commerciaux de son père dans le royaume de France.

4| Le Cantique des créatures, aussi appelé Cantique de frère Soleil, a été écrit en 1225 dans un dialecte italien de l’Ombrie.

5| Dans la théologie franciscaine, tout être créé par Dieu est pour l’homme un « frère » ou une « sœur ».

6| Le 22 juillet 1209, les croisés, conduits par le légat du pape Arnaud Amaury et plusieurs barons prennent Béziers, où se sont repliés de nombreux cathares. Selon les sources, entre 15 000 et 22 000 personnes furent tuées lors du sac. C’est à cette occasion, selon le chroniqueur cistercien Césaire de Heisterbarch, qu’Amaury se serait exclamé : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. »

7| Pour les cathares, en particulier, le monde matériel dans son ensemble est sous l’emprise du Malin.

8| Menée entre 1217 et 1221, cette campagne visait à conquérir une partie du sultanat ayyoubide d’Égypte, afin de l’échanger contre les anciens territoires du royaume de Jérusalem. Malgré la prise du port de Damiette en 1219 par les Hospitaliers, la croisade se solda par un échec.

9| Texte initialement paru en latin en 1962 ; il en existe une traduction anglaise publiée en 1992.

10| Pocket, 1984, épuisé.

11| Mort en 1274, Saint Bonaventure, docteur de l’Église et ministre général des Franciscains, est avec Thomas d’Aquin et Jean Duns Scot l’un des principaux théologiens chrétiens du Moyen Âge.

12| Daniel et Philip Berrigan sont des prêtres catholiques américains, connus pour leur engagement à gauche, et en particulier leur opposition à la guerre du Vietnam.

LE LIVRE
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François d’Assise, une nouvelle biographie de Les illusions perdues de saint François, Cornell University Press

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