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Les meilleures ventes en Russie – Un passé acceptable

bs russie À première vue, la Russie offre le visage d’une puissance retrouvée. Tel est en tout cas le message servi par la télévision nationale. En mars dernier, la fin de l’intervention militaire en Syrie et le deuxième anniversaire de l’annexion de la Crimée ont été célébrés en grande pompe. Pourtant, l’économie russe est en récession, et le niveau de vie moyen baisse. Premier constat : bien que l’Occident soit prétendument honni, les best-sellers internationaux s’imposent dans les librairies du pays. Le roman Shantaram, de Gregory David Roberts, qui raconte dix années de cavale d’un évadé de prison australien à Bombay, et sa suite, « L’ombre de la montagne », occupent à eux seuls, dans leurs diverses éditions, quatre p
laces parmi les dix meilleures ventes du pays. Le désir d’évasion est l’une des clés du succès phénoménal de Roberts en Russie. Mais pas seulement. Shantaram, c’est aussi l’histoire de la « transformation spirituelle » de son personnage principal, « exactement comme dans les grands romans russes », analyse le site Meduza. De plus, il offre une image « romantique » des bandits, qui n’est pas, là aussi, sans rappeler les réalités locales. Quant au succès de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, un classique de la littérature américaine, il est essentiellement dû à la disparition en février dernier de son auteure, Harper Lee. Le roman raconte l’histoire d’un avocat intègre défendant un homme noir accusé de viol dans une petite ville du Sud des États-Unis. Véritable plaidoyer pour la justice et la compassion, il fait sans aucun doute vibrer une corde sensible chez les lecteurs russes. Du côté des auteurs nationaux, on retrouve aussi bien le dernier recueil de nouvelles du très nationaliste Zakhar Prilepine que le nouveau polar du romancier et opposant politique Boris Akounine. Dans son dernier ouvrage, « Le voile noir », l’écrivain contestataire décrit une Russie médiévale où s’opposent « deux systèmes d’organisation d’État : la totalitaire Moscovie et la démocratique république de Novgorod », qui finira par être annexée. Une critique à peine voilée de la politique actuelle du Kremlin. Mais le titre le plus emblématique de cette liste reste « Zouleïkha ouvre les yeux », le premier roman de Gouzel Iakhina, récit de la rédemption paradoxale d’une paysanne tatare dékoulakisée dans l’enfer du Goulag. Comme le résume bien le site InLiberty, l’ouvrage répond parfaitement « à la principale demande des lecteurs d’aujourd’hui » : raconter un passé soviétique acceptable. Glaçant d’horreur, certes, mais peuplé de gens de bien.  

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