Affaire Litvinenko, autopsie d’un crime d’État

Le lieu : un bar d’hôtel londonien. L’arme : du polonium 210, substance radioactive produite uniquement par la Russie. Les assassins : deux agents russes proches du Kremlin. La victime : Alexandre Litvinenko, ancien du KGB, opposant à Poutine. Tout cela, la police britannique l’a su en quelques jours. Mais il a fallu dix ans à la justice pour le proclamer.

 


©Natasja Weitz/Getty

À l’hôpital, sur son lit de mort, Litvinenko confie aux enquêteurs : « J’ai obtenu la citoyenneté britannique le mois dernier. […] Je vais peut-être mourir, mais je mourrai en homme libre. »

C’est sur son lit de mort qu’Alexandre Litvinenko a résolu son propre meurtre et prédit l’avenir. L’enquêteur professionnel qu’il est travaille alors sur sa dernière affaire. Simplement, cette fois, c’est lui la victime. Très vite, cet ancien officier du FSB (l’héritier du KGB) comprend qu’il a été empoisonné au Pine Bar du Millennium Hotel, dans le quartier londonien de Mayfair, par un autre ancien du KGB : Andreï Lougovoï. Les deux hommes enquêtaient ensemble sur les liens entre le Kremlin de Poutine, le crime organisé et le blanchiment d’argent en Europe, et Litvinenko croyait que Lougovoï était son allié. Il se rend compte à présent que son acolyte n’a en fait jamais cessé de travailler pour ceux-là mêmes que visaient leurs investigations. À présent, ses cheveux tombent par poignées, sa peau jaunit et se dessèche, il peine de plus en plus à ouvrir la bouche pour parler, et il se maudit d’avoir baissé la garde en pensant que l’asile et la citoyenneté britanniques, obtenus de fraîche date, garantissaient sa sécurité. Mais résoudre l’affaire est un simple...
LE LIVRE
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Très cher poison : la véritable histoire du meurtre de Litvinenko et de la guerre de la Russie contre l’Occident de Luke Harding, Guardian/Faber, 2016

ARTICLE ISSU DU N°79

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