L’espoir venu du froid
par Mischa Täubner

L’espoir venu du froid

Le jour de sa mort, le professeur Klaus Sames prendra l’avion pour Boston, où il se fera progressivement refroidir à la température de l’azote liquide. En attendant des jours meilleurs.

Publié dans le magazine Books, janvier-février 2010. Par Mischa Täubner
Quand survient la mort, plus rien ne presse. C’est pourtant à ce moment précis que commencera, pour le professeur Klaus Sames, une course contre la montre. Dès son décès constaté, il faudra faire vite. Les pompes funèbres sont prévenues. Leurs agents plongeront le corps dans un bac rempli de glaçons et lui feront un bref massage cardiaque afin que le sang circule une dernière fois et alimente le cerveau en oxygène. Direction l’aéroport. Transfert, aux États-Unis, dans un cercueil en zinc rempli d’eau glacée. À Detroit, une voiture l’attendra, qui filera à vive allure vers les pompes funèbres de Clinton Township, banlieue sans charme de la ville. Ben Best et Andy Zawacki seront sur place. Comme pour une opération d’urgence, ils inciseront le sternum de Sames et ouvriront la cage thoracique. Vite, ils installeront la perfusion sur l’aorte : le sang sera pompé, le liquide antigel injecté. Ils mettront le professeur dans la neige carbonique et le conduiront au Cryonics Institute tout proche, qu’ils dirigent. Les premiers soins au mort seront terminés. En cinq jours, ce dernier sera amené à la température de conservation, – 196°. Le voyage de Sames finira dans une cuve remplie d’azote liquide.Par – 196°, rien ne bouge pour des millions d’annéesSames, Best et Zawacki sont cryonistes. Un terme tiré de kryos, « froid » en grec. Les cryonistes se font congeler immédiatement après leur mort pour préserver un maximum de cellules de la dégénérescence en les figeant par le froid. Ils espèrent que la science sera un jour en mesure de les ramener à la vie.Professeur émérite à la clinique universitaire de Hambourg-Eppendorf, Sames a longtemps cherché dans la gérontologie des moyens de prolonger l’existence. « J’ai fini par comprendre qu’on peut tout au plus gagner trente ans. » Selon lui, le principe de la conservation par le froid fonctionne. Le métabolisme humain est réduit de 10 % à chaque degré de température corporelle en moins. « Par moins 196 degrés, rien ne bouge pour des millions d’années. » Ainsi, la vie peut être suspendue temporairement sans disparaître. Il se réfère à un principe connu dans la nature : au Canada, une grenouille des bois reste dans l’eau froide et ralentit son rythme cardiaque et respiratoire. Son sang enrichi en glucose constitue une sorte d’antigel corporel. Elle est alors quasiment morte. Le printemps venu, elle retrouve toutes ses forces. « Un sort enviable », juge Sames.Il a créé une association. Ses membres font un travail de pédagogie. Mais ils ne peuvent changer la réglementation : la conservation cryonique est interdite en Allemagne. D’où le contrat…
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