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L’hymne à la vie de Seamus Heaney

Acclamé par la critique, le dernier recueil du poète irlandais, 
prix Nobel de littérature, caracole en tête des ventes, à Dublin comme à Londres.

Au début des années 1990, lorsqu’il enseignait la poésie à Oxford, l’Irlandais Seamus Heaney, prix Nobel de littérature, s’interrogeait déjà sur la façon dont le poète peut affronter le temps qui passe et la mort de ses proches. L’écrivain Colm Tóibín, lui aussi irlandais, se souvient dans les colonnes du Guardian : « Au cours d’une conférence, il opposa Aubade, le poème de Philip Larkin où 
la mort est une réalité sombre et absolue et où la vie semble une attente angoissée de l’extinction, 
au Froid paradis de W.B. Yeats, riche dialogue entre les conceptions de la vie comme corne d’abondance et comme coquille vide. »

 

Pour Seamus Heaney, la poésie elle-même, quel que soit son contenu ou sa tonalité, est un rempart contre l’idée du vide de l’existence. « Quand un poème rime, expliquait Heaney, quand une forme s’engendre elle-même, quand un vers éveille la conscience à de nouvelles attitudes, il est déjà du côté de la vie. Quand une rime surprend­ et élargit les relations convenues entre les mots, voilà qui est en soi une révolte contre la nécessité­. Quand le langage fait plus qu’il ne faut, comme dans toute poésie achevée, il choisit le surplus de vie et pousse la rébellion à l’extrême. »

 

Pourtant, si Seamus Heaney penche en théorie du côté de la vie, ses poèmes, eux, semblent plus « étouffés par le poids de la mortalité, plus ouverts à l’idée de la perte comme phénomène pur », explique Colm Tóibín.

 

Paru début septembre outre-Manche, Human Chain, « son meilleur recueil depuis des années, qui contient certains de ses plus beaux poèmes », caracole en tête des ventes de littérature en Irlande mais également au Royaume-Uni – chose exceptionnelle pour de la poésie. Imprégné de l’Énéide de Virgile, plus particulièrement du sixième chant où le Troyen descend aux enfers à la recherche de l’ombre de son père, Human Chain est « un livre d’ombres et de souvenirs, de choses murmurées, de voyages aux enfers, d’échos et de silences », poursuit l’article du Guardian.

 

Dans l’un des poèmes du recueil, « Découplé » – « un diptyque à la mémoire de ses parents, qui a la beauté sereine d’une peinture hollandaise ou d’une sonate de Schubert » –, Heaney exhume de sa mémoire l’image fantomatique de son père, « pas beaucoup plus haut que le bétail / se frayant un chemin vers moi à travers l’enclos, / son bâton dans une main / me faisant un signe de l’autre et criant quelque chose que je ne peux entendre […] Ses yeux prennent congé des miens et je connais / la douleur de la perte avant de connaître le terme ».

 

=> Comparer les articles Universalis et Britannica sur Seamus Heaney.

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