« L’impôt sur le revenu et les finances de la France »
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« L’impôt sur le revenu et les finances de la France »

Écrit par La rédaction de Books publié le 11 janvier 2019

Impôts sur la fortune et sur le revenu, CSG, taxe d’habitation, tous s’invitent dans le débat suscité par les « gilets jaunes ». Les Français et la fiscalité, c’est l’histoire d’un long désamour. Dès ses débuts, l’impôt sur le revenu est qualifié d’injuste. Son instauration, proposée en 1907 par Joseph Caillaux, ministre des Finances dans le cabinet de Georges Clemenceau, ne sera effective qu’en 1916. Les députés l’adoptent en 1909, mais les sénateurs font barrage. Le 19 avril 1914, à la veille d’un nouveau débat, Georges de Beauregard, fondateur de L’Indépendant du Berry et ancien député républicain, fait paraître dans son journal cette tribune dénonçant un impôt « vexatoire et inquisitorial ».

 

Nos excellents députés, après avoir promis toutes sortes d’économies en 1910, y compris l’honorable M. Benazet, ont augmenté la dette publique en quatre ans de 1 milliard 400 millions.

Il est donc matériellement impossible, sans impôts nouveaux, d’équilibrer le budget.

Il y avait, à mon avis, sans rien changer à notre ancien système budgétaire qui a eu son bon avec sa base des quatre contributions, un moyen bien simple d’équilibrer le budget, c’était d’imiter l’Allemagne qui a voté un impôt spécial, dit impôt de guerre et qui ne frappe que la richesse.

Avec l’impôt sur le luxe, sous toutes ses formes, sur la richesse et sur l’alcool, comme boisson mais non comme consommation familiale, avec une taxe extraordinaire sur les étrangers résidant ou travaillant en France, on pouvait trouver les millions versés pour l’équilibre du budget.

Par voie d’extinction, on pouvait, tout en diminuant le nombre des fonctionnaires, payer plus cher les autres et exiger d’eux un travail plus considérable.

Par la suppression du cumul des fonctions et des gros traitements, on pouvait donner place aux intelligences des générations nouvelles, sans grever d’un centime le budget.

En prélevant chaque année 5 millions sur le budget des postes, dont les bénéfices s’accroissent tous les ans, on pouvait, sans grever le budget, donner satisfaction aux postiers.

En obligeant, et l’État en a le droit, chaque année, les compagnies de prélever un 10 % sur leurs bénéfices nets en faveur de leurs employés, on pouvait donner satisfaction aux réclamations légitimes des cheminots.

En exigeant des compagnies françaises de chemin de fer une réduction sur les tarifs de transports, on pouvait, tout en doublant le trafic, doubler les bénéfices du Commerce et de l’Industrie et de l’Agriculture français, qui sont les mamelles de la France et surtout du budget.

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Mais, pour cela, il fallait à la Chambre, des députés bons administrateurs des deniers publics et non pas des politiciens.

Aujourd’hui, que nous offrent ces politiciens dont Caillaux est le chef, pour parer au déficit budgétaire ?

Un impôt vexatoire et inquisitorial frappant tous les revenus, frappant surtout les pauvres et épargnant les riches. Car ces derniers peuvent faire filer leurs valeurs à l’étranger ou hypothéquer jusqu’à la gauche leurs biens, tandis que le petit propriétaire, le petit commerçant, le petit agriculteur sera forcé de montrer à ces impitoyables gabelous d’un nouveau genre, l’un le produit annuel de son jardin, l’autre combien il a de blé dans son grenier et combien sa femme a vendu de poulets dans l’année, l’autre enfin quels sont ses bénéfices industriels et commerciaux. Le valet de ferme sera même obligé d’indiquer son salaire non plus considéré comme produit de son travail, mais comme revenu.

Jamais inquisition, jamais atteinte à la liberté n’aura été pareille.

Et voilà ce que l’on discutait avant la séparation des Chambres et voilà sur quoi la Chambre nouvelle aura à se prononcer. Voilà enfin ce que les amis de Benazet, les Caillaux tant vantés dans l’Alliance Républicaine, proposent comme régime fiscal au pays.

Je ne crains pas de dire que si jamais il était adopté, ce serait dans les départements du Midi la Révolution et dans les départements du Nord et du Centre, la banqueroute.

 

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