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Mille ans de vers persans au féminin

« Une des caractéristiques de la poésie persane, ce qui la distingue de la plupart des vers écrits en Europe, est que pour l’essentiel, des poèmes les plus anciens aux plus récents, elle reste relativement accessible à un locuteur contemporain », écrit Dick Davis, dans sa préface à The Mirror of My Heart.

Ce spécialiste de la littérature persane et lui même poète a traduit en anglais les œuvres de plus de 80 poétesses du dernier millénaire. La plupart de ces femmes ont vécu dans les frontières de l’actuel Iran, mais beaucoup d’autres viennent de l’aire d’influence du persan, de l’Afghanistan à l’Inde.

Poétesses paillardes de l’Iran médiéval

Davis propose évidemment de relire les vers de Simin Behbahani. Décédée en 2014, cette Iranienne a été nominée deux fois pour le prix Nobel de littérature. Mais ce sont « les poétesses paillardes de l’Iran médiéval et de l’Empire moghol, autant que les auteures très politisées et informées de l’Iran du début du XIXe siècle (dont les vers pour la plupart étaient inconnus ou sont traduits pour la première fois) qui sont les plus intéressantes », estime l’écrivain Joobin Bekhrad dans le Times Literary Supplement. « Elles remettent en question l’image que nous pouvons avoir de la poésie persane écrite pas des femmes. »

Vers féministes

Ainsi si Davis ne manque pas de s’intéresser à Rabi Balkhi, qui serait la première femme à avoir écrit des vers en persan au Xe siècle, il met en avant d’autres auteures médiévales comme Mahsati Ganjavi, Jahan Malek Khatun, et Mehri. Leurs poèmes parlent de vin, d’amour et de la douceur de vivre dans la Perse des temps anciens. Le critique Michael Dirda dans The Washington Post a été marqué par des vers d’Alam Taj Farahani (1883-1947), considérée comme la première poétesse féministe d’Iran. Ses textes, composés en secret, ne furent découverts qu’après sa mort. « Dans l’un d’eux, souligne Dirda, elle exprime le dégoût qu’elle ressent quand les moustaches de son mari qu’elle déteste effleurent sa peau en utilisant cette image surréaliste, « comme des petits couteaux perçant la pupille d’un oeil ». »

À lire aussi dans Books : Les Roméo et Juliette perses, mai 2011.

LE LIVRE
LE LIVRE

The Mirror of My Heart: A Thousand Years of Persian Poetry by Women de Dick Davis, Mage, 2019

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