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Le monde perdu de Pilar Quintana

Quelques cabanes en bois dressées au bord de l’océan Pacifique, sur une plage de sable noir qui ressemble à de la boue, soumises aux caprices de la marée et aux pluies diluviennes. C’est le décor qu’a choisi la Colombienne Pilar Quintana pour son roman La perra, dont la traduction française paraîtra prochainement chez Calmann-Lévy. Elle y raconte la mélancolie de Damaris, qui s’occupe de l’entretien de la villa des Reyes, un couple fortuné vivant à Bogotá. Depuis son mariage avec Rogelio, un pêcheur taciturne, elle rêve d’avoir un enfant mais n’y parvient pas. Lorsque l’une de ses voisines lui offre une petite chienne âgée de quelques jours, Damaris noue avec l’animal une relation fusionnelle. Mais l’affection laisse vite place au ressentiment. En grandissant, la chienne dédaigne sa maîtresse et se sauve à plusieurs reprises dans la jungle, laissant Damaris en proie à une colère froide.

La Colombie perdue

« Le village dans lequel vit Damaris fait partie de ce que nous avons l’habitude d’appeler “l’autre Colombie”, la “Colombie profonde”, expressions généralement prononcées avec un soupçon de condescendance citadine. C’est la Colombie que nous peinons à comprendre parce que nous la regardons de haut, celle qui a le plus souffert des guérillas et de l’oubli, celle à qui les grandes villes ont très souvent tourné le dos », analyse Iván Andrade dans la revue colombienne en ligne Razón Pública. Cette Colombie-là, Pilar Quintana en parle en connaissance de cause puisqu’elle a vécu pendant neuf ans sur une langue de terre bordée par le Pacifique, dans une maison construite de ses mains à proximité du village de Juanchaco. « Elle qui connaît le nom des nœuds marins, les différents types de filets, les oiseaux et les insectes ; elle, qui distingue au premier coup d’œil une couleuvre inoffensive d’une vipère, attache une grande importance à la précision de son écriture », remarque l’écrivaine Melba Escobar dans le quotidien colombien El Tiempo.

L’amour inconditionnel d’une mère

C’est à Bogotá, où elle vit désormais, que Pilar Quintana a écrit La perra, un roman qu’elle qualifie dans les pages d’El Tiempo de « chant nostalgique adressé au Pacifique ». Son récit interroge notre conception de la maternité en prenant pour toile de fond « une région où la fertilité est une sorte de déesse que l’on célèbre en peuplant son lopin de terre de bambins » rappelle le journaliste Gerardo Quintero dans Semana rural, un site d’information rattaché à l’hebdomadaire colombien Semana. En filigrane, une question traverse le roman : l’amour d’une mère est-il aussi inconditionnel qu’on le dit ? Rien n’est moins sûr, semble répondre Pilar Quintana. La romancière laisse entrevoir la facette sombre du lien maternel, rappelant que, comme tous les cultes, celui rendu à la déesse fertilité n’est pas sans exiger quelques victimes sacrificielles.

À lire aussi dans Books : Deux démons de Colombie, octobre 2013.

LE LIVRE
LE LIVRE

La chienne de Pilar Quintana, Calmann-Lévy, 2020

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