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Mort de Steve Jobs : qui parlera pour Apple ?

La mort de Steve Jobs est un événement planétaire. Pas seulement parce qu’il a inventé, fabriqué, commercialisé des produits qui ont transformé la vie de centaines de millions d’humains. Mais aussi parce qu’il a su donner à ces objets, intrinsèquement techniques, une dimension d’expérience, d’esthétique, d’émotion, d’insertion dans l’intimité la plus profonde de chacun. Et que c’est à travers cette expérience que s’est construite l’affinité du consommateur, sa perception de l’usage, son appropriation du produit.

Steve Jobs occupe dans l’histoire une place plus importante encore que celle de Gutenberg ou Alexander Graham Bell. Il est celui qui a compris que la transformation numérique ne consistait pas seulement à faire communiquer entre elles des machines, fussent-elles des engins spatiaux, mais fondamentalement, à ce que ce mode communication soit partagé par les humains. Ainsi donc, dès le commencement, c’est-à-dire dès la conception du McIntosh, Jobs s’est projeté lui-même en naïf faisant l’apprentissage d’une écriture. Piètre étudiant, il insiste (à Stanford en 2005) sur l’importance qu’a eue pour lui la classe de calligraphie grâce à laquelle il revient parfois sur le campus. Son impact va bien au delà du soin des typographies dans le traitement du texte par ses machines. Il montre à quel point le numérique — les instruments qui l’encryptent — participent d’une écriture qui, naturellement, mobilise le corps. Et comment le corps, attiré par la puissance graphique de la machine, l’intègre, l’assimile, s’étend naturellement à elle jusqu’à en faire un appendice communiquant. Dès lors, l’objet fait partie de la vie. (Mon fils, hier soir, pour me signifier notre rupture, a déposé sur mon bureau son iPhone réduit en miettes).

L’alphabétisation numérique est achevée

Steve Jobs a fait muter l’homme du clavier à la souris, de la souris à l’écran tactile. Ce faisant, il a greffé le terminal sur le corps. Et chaque humain aura vécu par lui-même les effets inouïs de cette métamorphose. C’est de cette greffe qu’il venait parler dans ses spectaculaires keynotes présentant les nouveaux produits. C’est à cela que ses successeurs, quelque talentueux qu’ils soient, resteront étrangers. L’alphabétisation numérique est achevée. Steve Jobs en restera le précepteur à jamais.

Quant à Apple, la firme perd son fondateur, mais aussi son identité. Une voix s’éteint, une séquence s’achève. Dans la nouvelle ère qui s’ouvre, Apple est condamnée à s’approcher des autres, banalement innovantes, ou à devenir vintage, cultivant, à la manière du western, le souvenir de l’esprit pionnier.

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