Les murs, fondements de la civilisation
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Les murs, fondements de la civilisation

Écrit par La rédaction de Books publié le 11 janvier 2019

Mur d'Hadrien, xtof

Mardi 8 janvier, Donald Trump s’est adressé aux Américains depuis le bureau Ovale pour défendre son projet de mur sur la frontière mexicaine. Les Démocrates refusent de voter les crédits nécessaires pour la construction de ce mur qu’ils jugent « immoral ». Ériger des murs est aussi vieux que la civilisation elle-même, souligne l’historien américain David Frye dans Walls. Aujourd’hui, les murs sont destinés à freiner l’immigration, le terrorisme, le trafic de drogues…, leurs prédécesseurs avaient un but purement défensif. Ils étaient considérés comme indispensables à la paix. Ainsi quand le roi sumérien Shulgi fait bâtir il y a 4 000 ans la première frontière fortifiée connue, les remparts et autres barrières de ce type étaient déjà des outils appréciés.

Mais ces murs n’ont pas apporté la paix en se contentant de dissuader les envahisseurs d’attaquer cités et royaumes. Ils ont transformé les habitants qu’ils protégeaient. Habitués à la sécurité, la majorité des hommes ont délaissé les armes et se sont consacrés à d’autres activités. C’est une « révolution civile », selon Frye. « Sans les murs, écrit-il, il n’y aurait eu ni savants chinois, ni mathématiciens babyloniens, ni philosophes grecs. »

L’historien Thucydide remarquait ainsi au Ve siècle avant notre ère qu’il y avait deux catégories de cités grecques : celles où les hommes portaient des armes en toutes circonstances et celles où ils s’en passaient. Selon lui, Athènes, derrière ses murs, était la première à avoir perdu l’habitude de voir ses hommes armés en permanence. Thucydide est partagé face à cette innovation : les Athéniens ne seraient-ils pas devenus un peu mous ?

Selon Frye, les murs donneront naissance à trois grands empires (romain, chinois et sassanide) et marqueront avec eux durablement le paysage géopolitique. Mais l’habitude de se barricader finira par céder progressivement face aux progrès de l’armement. Elle entre aujourd’hui, ajoute l’historien, dans un nouvel âge d’or avec quelque soixante-dix frontières fortifiées dans le monde.

À lire aussi dans Books : Les enfants de « la Bestia », mai-juin 2017.

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