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La France et le hijab


Filles portant le hijab, 2007 Sophie Barat

Un nouvel acte du débat sur le foulard islamique s’est joué en France cette semaine après qu’on a appris que l’enseigne Decathlon prévoyait de commercialiser des hijabs de sport dans l’Hexagone.

Si le voile provoque tant de polémiques en France, c’est en raison de la conception particulière qu’ont les Français de la laïcité, souligne l’anthropologue américain spécialiste de l’islam John Bowen dans Why the French Don’t Like Headscarves ?. Héritée de la IIIe République et de la grande bataille des républicains pour extraire la sphère publique de l’influence catholique, la laïcité à la française est souvent définie comme une séparation stricte des Églises et de l’État. Or en pratique elle est autant affaire de séparation que de contrôle.

En effet, l’État a beau affirmer que la religion ne relève pas de la sphère publique, il est très impliqué dans la réglementation des cultes. Il subventionne l’entretien des églises (à la charge des communes) ; il rémunère les enseignants des écoles confessionnelles sous contrat ; il a encouragé la création d’organisations représentatives des cultes telles que le Consistoire central israélite de France ou la Fédération protestante de France. Les autorités françaises ont tenté d’en faire autant avec l’islam, notamment en mettant sur pied le Conseil français du culte musulman. Ces efforts peuvent donner l’impression, suggère Bowen, que pour les pouvoirs publics l’important n’est pas de séparer la religion de la République, mais de subordonner la religion, et particulièrement l’islam, à l’État.

Ce contexte peut contribuer à expliquer la virulence de la première affaire du foulard islamique, en 1989, déclenchée par l’exclusion de trois collégiennes de Creil qui refusaient de retirer leur voile en classe. Les jeunes filles n’étaient pas tant coupables d’importer la religion dans l’espace laïc de l’école que de défier les représentants de la République. L’État laïc peut s’accommoder de certaines manifestations publiques de la religion, mais ne tolère pas la remise en cause de son autorité.

À lire aussi dans Books : Le triomphe de l’islamophobie, avril 2016.

LE LIVRE
LE LIVRE

Why the French Don’t Like Headscarves: Islam, the State, and Public Space de John R. Bowen, Princeton University Press , 2008

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