Le fait divers qui inspira Lolita
par Pauline Toulet
Temps de lecture 1 min

Le fait divers qui inspira Lolita

Écrit par Pauline Toulet publié le le 11 février 2019

Outre-Atlantique, on célébrait en 2018 les soixante ans de la publication de Lolita, le très sulfureux roman de Nabokov. Un anniversaire que la journaliste américaine Sarah Weinman est venue quelque peu troubler, en publiant The Real Lolita, son enquête sur le fait divers qui aurait inspiré le romancier. Elle y retrace la tragique histoire de Sally Horner, une jeune fille de 11 ans qui fut enlevée en 1948 par un homme prétendant être un agent du FBI. Cet homme, Frank La Salle, maintint la fillette séquestrée pendant vingt-et-un mois au cours desquels ils traversèrent les États-Unis d’est en ouest, d’Atlantic City à San José. À ceux qu’ils rencontraient, La Salle présentait Sally comme sa fille. Celle-ci finit par confesser la vérité – qu’elle avait été kidnappée et violée à plusieurs reprises par cet homme qui n’était pas son père – à une mère de famille habitant près de là où ils s’étaient établis. Sally réussit à s’échapper et La Salle fut condamné à la prison à perpétuité.

Sally Horner

Cette sordide affaire n’est pas sans rappeler certains éléments de l’intrigue de Lolita, pointe Sarah Weinman. « En entremêlant des chapitres qui juxtaposent l’expérience de Sally avec le chef-d’œuvre de Nabokov, Weinman dévoile l’ambivalence avec laquelle il puisait dans des histoires vraies pour alimenter ses romans, tout en obscurcissant largement ces histoires dans la fabrication de ses fictions », commente Ruth Margalit dans The New York Review of Books. Que Nabokov ait eu connaissance de ce fait divers, cela ne fait aucun doute, puisqu’il y fait directement référence : « Peut-être avais-je fait à Dolly ce que Frank Lassalle, un garagiste quinquagénaire, avait fait à une fillette de onze ans, Sally Horner, en 1948 », s’interroge le narrateur de Lolita. Pourtant, Nabokov s’est toujours refusé à admettre qu’il avait travaillé à partir de faits réels.

Coïncidences

Sornettes, estime Sarah Weinman, qui s’attache à mettre en lumière l’intérêt que le romancier aurait porté à l’histoire de Sally. Elle retrouve, par exemple, une fiche sur laquelle Nabokov avait pris des notes après avoir lu un long reportage sur l’affaire. Autres coïncidences troublantes : tout comme Sally Horner, la nymphette de Nabokov était une petit brune, orpheline de père, et âgée d’une douzaine d’années lors de son enlèvement (qui dura également presque deux ans). Nul doute que l’enquête de Weinman aurait agacé l’écrivain, qui martela lors d’une conférence : « La littérature est invention. La fiction est fiction. Appeler une histoire “histoire vraie”, c’est faire injure à la fois à l’art et à la vérité. »

 

À lire aussi dans Books : Véra, le « petit chat » de Nabokov, mai 2016.

0
Commentaire

écrire un commentaire