Ne canonnez pas le canon

Portée par les vents qui soufflent de l’ouest, la cancel culture a fini par atteindre nos côtes françaises, quoique tardivement et pour le moment avec une vio­lence atténuée. La bien-pensance, monarque plus ou moins éclairé, a certes déjà émis quelques lettres de cachet en France. Mais celles-ci n’atteignent pas – encore – leurs victimes dans leur liberté ; elles ne les privent que de l’accès à leurs tribunes habituelles : réseaux sociaux, pupitres universitaires, plateaux de télévision, journaux, etc.
Les auteurs classiques (tous des hommes en effet, sauf rares excep­tions) qui figurent dans notre canon littéraire n’échappent pas à ces condamnations. Mais ils n’en souffrent pas trop car ils sont presque toujours déjà morts. Les critères de désélection prolifèrent – misogynie, colonialisme, transphobie, racisme, et on en passe –, tandis que les seuils d’alerte ne cessent de baisser. Comme les lecteurs de la « génération snow­flake » ont les nerfs idéologiques à fleur de peau, le moindre passage malencontreux parmi des milliers de pages suffit à (dis)qualifier ...

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