De la main au larynx

Les écrivains ont souvent voué une dévotion proche du fétichisme à leurs instruments. Voyez le calame, roseau taillé pour l’écriture, pressé dans l’argile au temps des cunéiformes puis trempé dans l’encre aux époques ultérieures : il a droit à une sourate dans le Coran et, quelques siècles plus tard, aux éloges d’Érasme. La plume métallique, elle, séduit tant Victor Hugo qu’il collectionne toutes les siennes, avec mention de l’œuvre qu’elles ont transcrite (mais Goethe juge son utilisation impropre à la poésie, à cause du désagréable bruit qu’elle produit). Le léger, le solide, le commode petit crayon est l’outil favori des auteurs qui marchent ou voyagent, bien qu’il ne soit pas très fiable : Rousseau, qui l’utilise pour consigner ses rêveries (sur des cartes à jouer) lors de ses promenades (solitaires), doit repasser ses notes à l’encre en rentrant. Quand à la fin du XIXe siècle arrive le stylo (à plume d’abord, puis à bille avant de se transformer en feutre), on lui trouve tous les avantages – portabilité, rapidité, fluidité, variété...

ARTICLE ISSU DU N°123

SUR LE MÊME THÈME

L'avenir radieux de la lecture Le passé, l’avenir de la lecture ?
L'avenir radieux de la lecture Parlez-moi de vous – et de moi
L'avenir radieux de la lecture Le bonimenteur du livre

Aussi dans
ce numéro de Books