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Nouveau débat sur la « Chimérique »

La « Chimérique » serait-elle un pays de cocagne ? Le néologisme forgé par l’historien Niall Ferguson désigne le duopole que forment aujourd’hui les économies chinoise et américaine. Dans son livre L’Ascension de l’argent, Ferguson rappelait en 2006 à quel point l’interdépendance des deux pays était devenue une réalité incontournable, née de l’intérêt bien compris de chacun : l’intégration assure à la Chine une croissance fondée sur les exportations, dont un tiers est destiné aux États-Unis (60 % étant le fait d’entreprises américaines) ; en échange de quoi elle achète massivement des bons du Trésor américain, permettant au pays de continuer à consommer sans épargner. Et le système de s’autoalimenter. Niall Ferguson voyait là un mécanisme profondément malsain, à l’origine de la crise financière.

Son pessimisme est aujourd’hui contredit par l’économiste Zachary Karabell, qui vante les vertus de cette « superfusion » dans le livre éponyme qu’il consacre au sujet. L’auteur juge en effet le processus à la fois irréversible et essentiel à la prospérité mondiale. « Aux yeux de Karabell, la superfusion a atténué les effets de la crise. Notamment parce que l’argent investi par les entreprises américaines en Chine ne l’a pas été dans la bulle immobilière et autres instruments financiers douteux », rapporte Richard Bernstein dans The New York Times. Qui plus est, rien ne dit que ce partenariat soit aujourd’hui menacé : même en baisse, les exportations chinoises vers les États-Unis sont restées considérables en 2009, et Pékin a continué d’acheter des bons du Trésor américain, permettant à l’administration Obama de débloquer l’aide nécessaire pour sauver le secteur bancaire. Comment pourrait-il en être autrement, argumente-t-il, tant la Chine a besoin de la prospérité américaine pour soutenir sa croissance et bénéficier des transferts de technologie et de savoir-faire qui l’alimentent ?

Le raisonnement laisse dubitatif Matthew Rees, qui rappelle dans le Wall Street Journal l’ampleur des tensions qui travaillent la relation sino-américaine, soulignant que les États-Unis n’ont eu de cesse de critiquer l’empire du Milieu pour « sa monnaie sous-évaluée, son système bancaire inefficace et son fort taux d’épargne […]. Karabell fait une analyse sérieuse du système bancaire chinois, mais traite superficiellement bien d’autres sujets… L’ouvrage semble reposer, pour l’essentiel, sur des sources secondaires ».

Zachary Karabell, Superfusion. How China and America Became One Economy and Why the World’s Prosperity Depends on It (« Superfusion. Comment la Chine et les États-Unis ne forment plus qu’une seule économie et pourquoi la prospérité mondiale en dépend »), Simon & Schuster, 2009. Non traduit.

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