Oncle Sam contrebandier

Les États-Unis seraient-ils devenus indépendants sans les trafiquants ? Auraient-ils fait leur révolution industrielle sans la piraterie intellectuelle ? La conquête de l’Ouest aurait-elle eu lieu sans le trafic d’alcool ? Ces questions insolentes et quelques autres du même tonneau sont posées par un respectable professeur d’université.

Au moment même où les agents entraient pour saisir la marchandise, les trafiquants se sont retournés contre eux, tirant sur l’officier de service et embrasant son véhicule. La justice locale étant connue pour sa complaisance et sa corruption chroniques, les autorités scandalisées ont voulu extrader les auteurs de ce crime impudent. Mais elles n’ont fait qu’attiser la rébellion et la violence des hors-la-loi, qui ne furent jamais appréhendés. Voilà qui rappelle singulièrement le quotidien de Tijuana ou Juárez aujourd’hui, mais cette scène s’est passée en 1772 près de ma ville d’adoption de Providence, dans le Rhode Island. Quant au meneur de la bande, John Brown – un éminent marchand de la région qui avait aussi des intérêts dans la contrebande, la piraterie et le trafic d’esclaves –, c’est l’un des fondateurs de l’université qui porte aujourd’hui son nom et se trouve être mon employeur. Cet incident est depuis connu comme l’« affaire Gaspee », du nom du navire des douanes britanniques qui fut pris d’assaut, pillé et incendié par un groupe de citoyens armés, en ...
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Smuggler Nation: How Illicit Trade Made America de Peter Andreas, Oxford University Press, 2013

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