Brillez dans les salons ! Avec les 500 faits & idées sélectionnés par la rédaction. Un livre Books Éditions.

Plaisirs de l’épitaphe

« Passant, ne pisse pas sur ma tombe »… et autres perles des épitaphes romaines.

Quelque deux mille épitaphes romaines ont été compilées voici plus d’un siècle par deux savants allemands. Courtes ou longues, souvent poétiques, elles émeuvent et surprennent. Certaines sont d’une élégante concision, difficile à rendre en français. Ainsi (sur une seule ligne) : « Quod edi bibi, mecum habeo, quod reliqui, perdidi » (« Ce que j’ai bu, ce que j’ai mangé, je le garde avec moi. Ce que j’ai laissé, je l’ai définitivement perdu »). Et celle-ci, sur deux lignes : « Felicitas hic habitat / Nihil intret mali » (« Ici demeure la félicité / Rien de mal ne doit entrer »). D’autres sont des petits chefs-d’œuvre de dérision et d’humour : « Passant, ne pisse pas sur ma tombe / Les os recouverts d’un homme te le demandent / Mais si tu veux être le bienvenu/ mélange le vin, bois, et passe-moi la coupe. » Ou : « Vivant j’ai gagné de l’argent / je n’ai jamais cessé d’en perdre / De ces deux soucis / La mort m’a délivré. » Plusieurs épitaphes concernent des nouveau-nés, y compris des filles : « Unique sur la terre / Je suis venue au monde et je l’ai quittée / Le même jour »… Et même des bébés esclaves : « J’ai vu le jour et tout de suite il me fut ravi / Ainsi je n’ai pu faire la joie de mon maître. Ni savoir pourquoi j’étais né. » Sur une esclave adulte : « Voyageur, arrête-toi, regarde ce haut monument/ Il contient les restes d’une toute petite vie / C’est la tombe où, petite vie d’esclave, je suis enterrée. » Au milieu d’une épitaphe un peu longue, on trouve cette perle : « Periit corpus, sed nomen in ore est » (« Le corps a péri, mais le nom est sur les lèvres »). L’une des inscriptions les plus intéressantes évoque l’éducation d’un garçon de 10 ans et l’instruction qu’il a reçue : « Tendrement élevé et tendrement aimé / J’ai passé dix ans, deux mois et deux jours sur la terre / J’ai connu les théories de Pythagore. Étudié les philosophes et lu les poètes / Les vers sacrés d’Homère / J’ai refait les calculs d’Euclide avec la table / En même temps j’ai pris plaisir à jouer / Un plaisir insolent… »*

 

 

Notes

* Le Dernier Mot, présenté par A. Rodriguez de la Robla, traduit par D. Montebello, L’Escampette, 2014

SUR LE MÊME THÈME

Histoire L’impératrice Cixi réhabilitée
Histoire Comment Noëlla Rouget fit gracier son bourreau
Histoire Ernestine Rose, première féministe américaine

Aussi dans
ce numéro de Books

Booksletter,
c'est gratuit !

Retrouvez gratuitement la Booksletter
chaque samedi matin dans votre boîte email.