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Pourquoi sommes-nous racistes ?

Il y a vingt-cinq ans, la professeure de psychologie Jennifer Eberhardt, son doctorat tout juste en poche, est arrêtée par la police lors d’un contrôle routier à Boston. Il y a un problème avec les papiers du véhicule. Mais Eberhardt refuse que sa voiture soit mise à la fourrière. Le ton monte ; les policiers immobilisent la jeune chercheuse et l’emmènent au poste. Plus tard, elle découvrira que c’est elle qui est accusée de coups et blessures. Eberhardt est noire. Le policier qui l’a interpellée aussi.

Le racisme dès l’enfance

Spécialiste de la discrimination raciale, Eberhardt raconte cette anecdote dans son nouveau livre Biased. Pour elle, les minorités ont beau être de plus en plus visibles, le racisme demeure car il n’est pas un problème de représentation ou de choix individuels. « Le problème est que nous vivons dans une société divisée par la couleur de peau, le sexe, la classe ou toute autre catégorie. Notre cerveau enregistre ces catégorisations sociales et les applique pour mettre de l’ordre dans notre champ de perception, même quand elles sont arbitraires, même quand elles sont fondées sur des stéréotypes pernicieux et même si nous nous pensons attachés à l’égalité. C’est un biais implicite », résume le sociologue Neil Gross dans The New York Times. Selon Eberhardt, le conditionnement du cerveau à la distinction entre couleurs de peau commence très tôt. Dès trois mois, les bébés préfèrent les visages qui ont la même couleur que le leur.

Apprendre à maîtriser ses préjugés

Le seul moyen de combattre nos préjugés est d’apprendre à les maîtriser. Car « il n’y a pas de moment magique où vous vous défaites de vos biais et n’avez plus jamais à vous en soucier », explique Eberhardt dans un entretien diffusé sur la radio NPR. Certaines situations nous rendent plus vulnérables à l’expression de nos préjugés. C’est sur ces moments-là et notamment l’association « homme noir » et « délit » que la professeure de psychologie a travaillé avec la police d’Oakland, en Californie. Ses responsables ont ensuite revu leurs procédures. Les policiers en patrouille ne doivent plus se lancer seuls à la poursuite d’un individu en fuite, même à pied. Ils doivent prendre du recul, appeler des renforts, établir un périmètre. Le temps d’élaborer une stratégie et d’éviter les réactions intempestives. Cela a permis de réduire le nombre de policiers blessés ainsi que d’éventuelles bavures.

 

 À lire aussi dans Books : Quand le racisme s’invite à l’hôpital, juin 2016.

LE LIVRE
LE LIVRE

Biased de Jennifer Eberhardt, William Heinemann , 2019

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