La pseudo-archéologie, un bon filon
par Kristina Killgrove
Temps de lecture 5 min

La pseudo-archéologie, un bon filon

Extraterrestre de la haute Antiquité, civilisations disparues, continents perdus, maîtres ascensionnés… À la télévision comme dans les livres, l’archéologie de pacotille exerce davantage d’attrait que la bonne.

Publié dans le magazine Books, décembre 2018/ janvier 2019. Par Kristina Killgrove

© RooM RF / Getty

À en croire l’auteur de best-sellers britannique Graham Hancock, un peuple extraordinairement avancé aurait aidé les Égyptiens à établir leur civilisation, il y a des milliers d’années.

Ce n’est pas un secret : on trouve beaucoup plus de gens pour regarder des émissions du genre Nos ancêtres les extra­terrestres que pour assister à des conférences d’archéologues et d’historiens professionnels (1). Ils sont des millions à suivre des séries ou à regarder des documentaires fondés sur une interprétation douteuse du passé. Les histoires brodées par les producteurs et scénaristes peuvent bien avoir un fond de vérité, elles restent des histoires. Mais elles sont captivantes et s’adressent au grand public, ce qui n’est pas le cas des productions savantes. Selon l’archéologue Donald ­Holly, les livres consacrés aux anciens extra­terrestres et à d’autres formes de pseudo-­archéologie touchent également un large public. Pour un article de la ­rubrique livres qu’il anime dans American Antiquity, la revue la plus respectée de l’archéologie américaine, ­Holly a ­demandé aux archéologues de se pencher ne serait-ce qu’un instant sur la ­notion de pseudo-archéologie, avec l’idée que cette réflexion puisse enrichir les connaissances des étudiants et de ceux qui s’intéressent à notre profession. Les lecteurs de ces livres ne sont pas forcément ignorants ou bornés, souligne Holly, mais manifestement désireux de comprendre le passé et ouverts à des expli­cations alternatives de l’archéologie. « Il est temps de parler au type assis à côté de nous dans l’avion », écrit-il. Le premier livre évoqué est L’Empreinte des dieux, du Britannique ­Graham Hancock (2). Son propos est qu’une civilisation extraordinairement avancée a écumé les océans voilà des milliers d’années, fournissant aux peuples rencontrés sur sa route – en Égypte et au Pérou, par exemple – des conseils pour les aider à établir leur civilisation. En retour, les hérauts de cette civilisation mythique furent révérés comme des dieux, surtout après l’avènement d’un cataclysme qui l’a fait disparaître. L’archéologue Kenneth Feder montre que Hancock a habilement sélectionné ses données – omettant celles qui ne cadrent pas avec sa thèse –, qu’il s’appuie sur des penseurs très anciens et marginaux, et que la notion d’évolution culturelle lui est étrangère. Le deuxième livre étudié est « La question des anciens extraterrestres », du Belge Philip Coppens (3). Comme Feder, l’archéologue Jeb Card montre que l’hypothèse trouve sa source dans la théosophie de l’époque victorienne, un mouvement qui « mêlait magie hermétique, spiritisme, curiosité euro­péenne pour les religions orientales, racisme colonial et autres lectures fantaisistes de l’évolution, lestées de races originelles, de continents perdus et de maîtres ascensionnés venus de Vénus ou d’autres mondes. Coppens intervient régulièrement dans la série Nos ancêtres les extraterrestres. Il présente la recherche universitaire comme si la science elle-même était mystérieuse. Il voit dans « la destruction de la biblio­thèque d’Alexandrie et autres autodafés de livres des preuves de la destruction de vérités anciennes, alors qu’il tire le rideau sur son propre appel à ­détruire l’ordre scientifique au profit d’une nouvelle histoire fondée sur le mysticisme et le mythe », écrit Jeb Card. Dans « Göbekli Tepe. La genèse des dieux », préfacé par Hancock (4), Andrew Collins tente de relier…
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Commentaires

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  1. jean-claude dit :

    la plupart des gens se tournent vers les pseudos archéologues parce que les archéologues de la science officielle sont des gens bornés et obtus qui ne comprennent rien à rien et qui font du forcing pour que d’autres théories ne puissent pas éliminer leur fameuse théorie, ce qui n’est d’ailleurs pas scientifique du tout

  2. plume dit :

    @ jean-claude : très drôle !