La magie des traitements alternatifs
par Abigail Zuger

La magie des traitements alternatifs

Sur les 51 000 compléments alimentaires disponibles, seuls deux peut-être ont une efficacité prouvée. Faux médicaments et pratiques douteuses nourrissent un marché gigantesque.

Publié dans le magazine Books, décembre 2018/ janvier 2019. Par Abigail Zuger

© Marc Garanger / Epicureans

Popeye ingurgite des boîtes d’épinards pour se donner de la force, exactement comme nous nous gavons de vitamines et autres compléments alimentaires parés d’effets miraculeux.

Quand le pédiatre Paul Offit publia son livre « Les faux prophètes de l’autisme », en 2008, il préféra renoncer aux traditionnelles séances de signature en librairie. Son plaidoyer en faveur de la vaccination des enfants avait suscité la colère de ceux pour qui les vaccins sont une cause de l’autisme et lui avait valu des menaces de mort qui paraissaient sérieuses. D’autres que lui auraient choisi de faire profil bas. Mais chez le Dr Offit, chef du service maladies infectieuses à l’hôpital des enfants de Philadelphie, cela n’a fait qu’accroître le goût de la confrontation. Depuis le début des années 2000, il est l’un des principaux pourfendeurs des mythes collectifs concernant les infections et les vaccins. Et, dans son livre Do You Believe in Magic, il s’attaque à tout l’éventail des médecines alternatives, de l’acupuncture aux vitamines. Ce territoire n’est pas si éloigné de son champ de bataille habi­tuel, puisque, parmi les plus enragés des détracteurs des vaccins, certains sont de fervents partisans des pratiques médicales non conventionnelles. Le Dr Offit n’a pas non plus changé son ­fusil d’épaule. Il plaide en ­faveur d’une médecine ­rationnelle, scientifique, dont l’efficacité a été confirmée par des essais ­cliniques impartiaux et reproductibles. Toutes les autres pratiques, si vénérables, ­recommandées et efficaces qu’elles paraissent, vont selon lui du non-prouvé au ­dangereux. Sa longue liste d’« à consommer à vos risques et périls » englobe la plupart des traitements et substances des médecines alter­natives, un secteur qui pèse plusieurs milliards de dollars aux États-Unis. Le sous-titre du livre suggère que le « sens » et le « non-sens » auront droit à un traitement égal, mais l’auteur consacre l’essentiel de son propos à exposer et dénoncer le non-sens. De fait, les rares traitements qu’il juge sensés tiennent en un court paragraphe. Ainsi le Dr Offit donne-t-il sa bénédiction à seulement quatre des 51 000 compléments alimentaires présents sur le marché : les acides gras oméga-3, pour la prévention des maladies cardiaques ; le calcium et la vitamine D, en prévention de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées ; et l’acide folique (ou vitamine B9) pendant la grossesse, pour éviter les malformations du système nerveux du fœtus. Et encore : alors que l’ouvrage était déjà imprimé, un influent groupe d’experts concluait aux États-Unis à l’absence de preuves de l’efficacité du calcium et de la vitamine D (2). Ce qui réduit à deux le nombre de compléments valables. Cela ne signifie pas nécessairement que les 50 998 produits restants ne servent à rien, souligne le Dr Offit, et que des pratiques à l’efficacité non prouvée, comme l’acupuncture, la chiropraxie ou les massages n’apportent aucun soulagement. De…
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