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« Quand doit-on publier un livre ? »


Cette question a été encore plus compliquée à résoudre cette année pour les éditeurs. Car même l’incontournable rentrée littéraire est menacée par la crise sanitaire.  Ce rituel était-il pour autant la panacée ? En 1929, l’homme de lettres Maurice Roya donne un conseil aux éditeurs dans les colonnes du journal Le Soir : oubliez vos calendriers. Il n’y pas de période idéale pour la littérature.


À la veille de la rentrée, de la grande rentrée littéraire (qui va nous valoir pendant octobre et novembre un flot de dix ou quinze volumes par jour), M. Maurice Roya pose, dans son courrier littéraire de La Volonté, une amusante question : « Quand faut-il publier les livres ? »

 

« Les partants du prix Goncourt ou du prix Fémina sortent, cela va de soi, dans les deux premiers mois du trimestre. Mais les livres non candidats ? Il fut un temps, on considérait comme un principe intangible la mévente des mois d’été : juillet, août, septembre. Depuis quelques années, certains éditeurs avaient essayé de réagir, la NRF notamment, et Albin Michel, qui lancèrent du Proust et du Pierre Benoit en pleine canicule, et non sans succès. Cette année cependant, les vacances ont été plus creuses que jamais : il ne s’est rien publié, ou presque rien ; mieux : ces vacances se sont prolongées infiniment au delà des limites traditionnelles. Le 15 septembre était jusqu’ici considéré comme le début de la saison. Cette année, il n’a été le début de rien du tout. La deuxième quinzaine de septembre n’a pas connu plus de nouveautés que la première. Nous voici au 1 er octobre, et c’est à peine si on voit signe de vie, dans les halls des maisons d’édition, ou aux devantures des librairies. »

 

Maurice Roya a dressé un petit tableau que nous soumettons aux méditations de nos amis auteurs et éditeurs. Voici ce que notre confrère pense des divers mois de l’année :

 

« Octobre : mois du terme (mauvais).

Novembre : bon pour les livres tristes.

Décembre : on économise pour les étrennes (mauvais).

Janvier : mois du terme (mauvais).

Février : il pleut, il neige (bon pour les romans).

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Mars : idem.

Avril : mois du terme (mauvais).

Mai : on commence à sortir (mauvais).

Juin : on sort, on va au café (mauvais).

Juillet : on se prépare pour les vacances… et le terme (mauvais).

Août : on est au bain, on ne lit plus (mauvais).

Septembre : on est revenu, mais on a beaucoup dépensé (mauvais). »

 

On ne peut pas dire que M. Maurice Roya soit très optimiste. Il trouve neuf mois mauvais contre trois bons, et encore avec réserves : bons pour les livres tristes, bons pour les romans. Et les livres gais ? et les livres d’histoire ? et les récits de voyage ? et les « livres culturels » qui préoccupent M. André Maurel ? Il n’y a donc aucun mois qui soit bon pour eux ?

Ne serait-ce pas plutôt qu’il n’y a pour eux aucune époque vraiment mauvaise ?

 

 

 

 

LE LIVRE
LE LIVRE

Le Soir de Louis Outrebon, 1869-1932

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