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La quarantaine comme politique d’État


C’est la plus grande opération de quarantaine collective jamais mise en place. Pour faire face à la propagation du coronavirus quelque 60 millions de personnes à travers la Chine doivent désormais vivre confinées. Un peu partout dans le monde, cette mesure de précaution a été prise à l’encontre d’individus ayant voyagé dans ce pays.

En fait, la quarantaine est autant une mesure sanitaire que politique. Et pour un pays en particulier, l’Australie, elle a même joué un rôle fondateur, participant à la transformation de l’île continent en nation, relève l’historienne Alison Bashford dans Imperial Hygiene. Dans les dernières années du XIXe siècle, le mythe du « continent vierge » – à savoir non atteint par les infections du vieux continent et du reste du monde -, soude les colonies britanniques qui s’organisent pour devenir un État fédéral. C’est cette volonté de rester à la fois « pur » et « blanc » qui est avancée pour justifier la mise en place d’une réglementation sanitaire au niveau national, y compris des mesures de quarantaine.

Ces dernières, à destination autant des nouveaux arrivants que des résidents, sont parmi les plus strictes du monde, et la notion de race y est essentielle. Les aborigènes, mais aussi les Asiatiques et particulièrement les Chinois sont les premiers touchés. Mais contrairement à ce qu’ont longtemps pensé les historiens, la quarantaine n’a pas fonctionné comme un instrument de la politique migratoire australienne, assurent Alison Bashford et Peter Hobbins dans « Rewriting Quarantine », paru dans la revue Australian Historical Studies en 2015.

La plupart du temps les passagers et membres d’équipage des navires chinois n’étaient pas mis en quarantaine d’office. Mais en cas d’épidémie, peu importe leur état de santé, ils étaient les premiers à être confinés. À Sydney, les autorités sanitaires locale et nationale utilisent un lieu dédié au confinement des arrivants considérés comme « à risque » sur la presqu’île de North Head. Les témoignages laissés par ceux qui ont été détenus n’en parlent pas comme du « dernier rempart » de l’Australie blanche. La plupart d’entre eux étaient d’ailleurs des marins et des marchands et non des migrants. Le centre était, pour eux, juste une étape parmi d’autres dans le chapelet de ports de quarantaine bordant l’océan Pacifique, du Japon à la Nouvelle-Zélande.

 

À lire aussi dans Books : La grippe espagnole, pire pandémie de tous les temps, novembre 2018.

LE LIVRE
LE LIVRE

Imperial Hygiene: A Critical History of Colonialism, Nationalism and Public Health de Alison Bashford, Palgrave Macmillan, 2003

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