La pire pandémie de tous les temps
par Baptiste Touverey

La pire pandémie de tous les temps

Les ravages de la grippe espagnole il y a tout juste cent ans ont été largement sous-estimés. La faute, notamment, à une vision trop centrée sur l’Europe.

Publié dans le magazine Books, novembre 2018. Par Baptiste Touverey

© The National Library of Medicine

La grippe espagnole aurait fait jusqu'à 100 millions de morts. Pourtant, dans la mémoire collective, elle reste complètement éclipsée par les combats et les épreuves de la Grande Guerre.

Le cimetière chinois de Nolette s’étend au milieu des champs, en contrebas d’un village aux maisons de briques rouges. Les 800 Chinois qui y sont enterrés avaient été envoyés à partir de 1917 participer à l’effort de guerre allié. Mais aucun d’entre eux n’est mort au combat. Tous étaient des travailleurs civils. Ils ont succ­ombé à la maladie. Pour la plupart, vraisemblablement, à la grippe espagnole. Il n’est pas exclu que certains d’entre eux aient, d’ailleurs, été à l’origine de l’épidémie en Europe. À moins qu’ils n’aient été contaminés sur place, peut-être après l’arrivée des troupes américaines, suspectées elles aussi d’avoir répandu la grippe sur le Vieux Continent. L’un des plus grands mystères de cette pandémie sans équivalent au XXe siècle est celui de son origine : cent ans après, on ne sait toujours pas d’où elle est venue exactement, de la province chinoise du Shanxi, du nord de la France ou bien du Kansas. Comme le note la journaliste scientifique Laura Spinney dans l’ouvrage qu’elle lui a consacré, La Grande Tueuse, « il n’y a qu’une chose que nous puissions affirmer avec quelque certitude : la grippe espagnole ne partit pas d’Espagne. » Quand elle arrive dans ce pays, en mai 1918, elle sévit déjà depuis plusieurs mois en France, dans les tranchées. Simplement, les Espagnols l’ignorent car l’information a été censurée par les pays belligérants. « Les médecins militaires français la désignaient sous le nom de code de maladie onze », rappelle Spinney. Les Pari­siens eux-mêmes ne savent pas que leurs troupes sont décimées…

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