Rose Mary Sheldon : « Les Romains ? Des amateurs à côté d’Hannibal »
par Baptiste Touverey

Rose Mary Sheldon : « Les Romains ? Des amateurs à côté d’Hannibal »

Les Romains firent souvent preuve d’une étonnante naïveté en matière de collecte de l’information. Ils le payèrent au prix fort. Entretien avec l’historienne de l’Antiquité Rose Mary Sheldon.

Publié dans le magazine Books, juillet / août 2017. Par Baptiste Touverey

© Bridgeman

La prise de Telesia par Hannibal et son armée, de Bénédict Masson (1860). Le général carthaginois en savait toujours plus sur les Romains que les Romains n’en savaient sur lui.

  Le colonel Rose Mary Sheldon est la grande spécialiste mondiale de l’espionnage et des activités de renseignement dans l’Antiquité. Elle enseigne à l’Institut militaire de Virginie, aux États-Unis.   Peut-on appliquer le concept ­moderne d’espionnage à la ­réalité de la Rome antique ? Oui, je pense. Les espions ont toujours existé, ils sont aussi vieux que l’humanité : nous sommes curieux par nature, nous voulons savoir ce que fait le voisin. Ce comportement éminemment humain a été transposé à l’échelle des États dès que des États se sont formés. Les peuples antiques n’employaient pas exactement le terme d’« espionnage » et ne disposaient évidemment pas des technologies modernes. Ils avaient néanmoins besoin de savoir ce que l’ennemi pensait et préparait. Leur survie en ­dépendait.   Mais, parmi les peuples antiques, les ­Romains n’étaient-ils pas une exception ? N’avaient-ils pas la réputation de ­dédaigner la ruse, les stratagèmes et donc ­l’espionnage ? C’est l’image qu’ils ont voulu donner d’eux-mêmes. L’historien Tite-Live, notre principale source pour une grande partie de l’histoire de la République ­romaine, a tout fait pour imposer cette idée de Romains s’abstenant de tout ce qui n’était pas « loyal ». Mais c’est de la pure propagande !   Les Romains pratiquaient donc l’espionnage comme les autres ? Oui, et ils l’ont fait très tôt. La Répu­blique primitive des Ve et IVe siècles avant notre ère était exposée à tellement de menaces – les Gaulois, les Èques, les Volsques et les Étrusques – qu’elle a été obligée de développer des stratégies ­défensives fondées sur la ruse. En dépit de leurs…

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