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Sans le zèbre, l’Afrique dominerait le monde

En roulant l’autre jour sur une route de Namibie, j’ai manqué heurter un zèbre qui sommeillait au beau milieu. Furieux d’être réveillé en sursaut, l’animal s’est enfui en décochant dans le vide une série de petites ruades acérées. Quel sale caractère, ai-je pensé ! Et cela m’a remis en mémoire l’analyse de Jared Diamond (1) : si le zèbre avait été un quadrupède plus docile, l’Afrique aurait peut-être pris la tête des nations, et c’est elle qui aujourd’hui dominerait le monde. 

Pour résumer : l’Afrique, le berceau incontestable de l’Homo sapiens, n’a su développer ni agriculture ni élevage, les deux techniques qui ont permis aux civilisations du Nord et de l’Est méditerranéen de prendre sur elle un avantage décisif. L’agriculture a provoqué les regroupements humains, l’essor démographique, l’organisation sociale et tutti quanti. L’élevage – notamment du cheval – a non seulement contribué à l’essor de l’agriculture, mais aussi à celui du transport (donc du commerce), de la domination guerrière, et des déplacements lointains (les muscles de l’animal fournissant la traction, sa chair et son lait des protéines, et sa peau une protection contre les basses températures). En plus, la fréquentation des animaux domestiques a immunisé leurs maîtres contre toute une série de maladies, leur procurant un avantage biologique qui est venu encore s’ajouter à leur avantage militaire.

Or, tandis que l’Eurasie parvenait dès – 4000 à domestiquer les chevaux, les cochons, les bovins, les moutons, et les chèvres, et que l’Amérique du Sud parvenait à s’attacher les services du lama, en Afrique par contre on n’a jamais pu domestiquer autre chose que quelques espèces de volaille, et parfois des ânes. Mais aucun grand quadrupède, bien que ceux-ci aient abondé localement. Comment expliquer cette malédiction, qui a empêché « l’homme africain d’entrer dans l’histoire », pour reprendre les termes du malencontreux discours de Dakar ?

Revenons au zèbre. Pour domestiquer un grand animal, il faut que celui-ci veuille bien y mettre du sien. Il faut qu’il puisse vivre en groupe, qu’il ne soit pas trop sensible pour refuser de se reproduire sous l’œil du public, ni trop nerveux, ni trop indépendant. Le cheval possède exactement le bon profil : vivant à l’état sauvage dans des petits groupes fortement hiérarchisés, il est prédisposé à la soumission, et donc à l’exploitation. Au contraire précisément du zèbre, lequel mord, refuse obstinément de se reproduire en captivité, devient de plus en plus méchant en vieillissant, et, par-dessus le marché, ne peut être pris au lasso car il galope la tête baissée ! De fait, aucune des quatre espèces de zèbres africains n’a pu être mise à quelconque contribution. L’excentrique Lord Rothschild, avait bien quelque temps circulé dans Londres dans une calèche attelée de quatre zèbres ; mais c’était juste pour épater la galerie, et il n’a pas pu persévérer.

Quelle injustice qu’aucun des grands animaux africains n’ait été apte au moindre ouvrage civilisateur. Imaginez une Afrique où le zèbre ait servi de cheval, le pécari de cochon, l’éléphant d’animal de labeur, et le rhinocéros d’instrument militaire. C’est elle qui aurait réduit le reste du monde en esclavage ; la planète entière serait sous sa botte. Mais hélas, aucune de ces espèces précitées n’a démontré la plus petite aptitude à la domestication. Aucune.

 (1) Le Troisième Chimpanzé. Essai sur l’évolution et l’avenir de l’animal humain et De l’Inégalité parmi les sociétés. Essai sur l’homme et l’environnement dans l’histoire  (Gallimard)

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