Sofiane Hadjadj : « En Algérie, la fiction permet de braver les interdits »
par Eve Charrin

Sofiane Hadjadj : « En Algérie, la fiction permet de braver les interdits »

En théorie, on peut publier ce que l’on veut en Algérie. Mais sexe, religion et armée restent des tabous et l’histoire récente du pays, un terrain miné. Cela n’a pas empêché l’avènement d’une nouvelle génération d’écrivains, géniaux et subversifs.

Publié dans le magazine Books, novembre / décembre 2017. Par Eve Charrin

© Capture d’écran Istituto Svizzero di Roma

Sofiane Hadjaj : « L’Algérie a besoin de temps pour faire son travail de mémoire. En France, il a fallu plusieurs décennies pour commencer à écrire lucidement sur la collaboration et la Shoah. »

  Sofiane Hadjadj est un écrivain et éditeur algérien né en 1970. Avec sa compagne, Selma Hellal, il dirige depuis 2000 les éditions Barzakh. Réputés pour leur exigence intellectuelle, ils comptent parmi leurs auteurs Kamel Daoud, qui a reçu en France le Goncourt du premier roman pour Meursault, contre-enquête.   Votre auteur vedette, Kamel Daoud, a publié récemment son deuxième roman, Zabor ou les Psaumes. Cet écrivain franco-phone publie simultanément en France chez Actes Sud et en Algérie aux éditions Barzakh. Comment l’avez-vous découvert et accompagné ? Lors de notre rencontre, en 2007, ­Kamel Daoud était déjà connu en Algé­rie comme un chroniqueur passionné. Il écrivait dans Le Quotidien d’Oran, entre autres. Il avait besoin d’argent et la presse l’absorbait presque complètement, lui laissant peu de temps pour se consacrer à un ouvrage de longue ­haleine. Il vivait sous tension – c’est d’ailleurs sa façon d’être ! Ce qui explique qu’il ait d’abord écrit des nouvelles : la forme brève correspondait parfaitement aux contraintes qui étaient les siennes. Nous avons commencé par publier son recueil, La Préface du nègre, qui porte sur la difficulté d’être algérien aujourd’hui, dans l’ombre écrasante des anciens combattants de l’indépendance. Lauréat du prix Wepler, ce livre a été traduit en allemand et en italien ; en France, les éditions Sabine Wespieser en ont racheté les droits et l’ont publié sous le titre Le Minotaure 504. C’était déjà un beau succès éditorial. Puis, en février 2010, Kamel Daoud a publié sur le site du Monde et dans Le…

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