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Aux temps du corona

Les Britanniques ont un mot merveilleux : rustication, «fait d’être envoyé de force à la campagne» (en général après avoir été exclu de son école). Pour tous ceux auxquels la virus procure la chance de pouvoir dire, en latin cette fois, « eo rus », « je vais aux champs », c’est l’occasion de se rapprocher, comme on dit, de la nature. Qui le mérite d’autant plus – malgré le très mauvais tour qu’elle est en train de nous jouer – que c’est la saison magique du printemps. On peut l’examiner à loisir et de tout près, à ras du sol, avec des applications qui permettent d’identifier chaque plante. La botanique numérique suscite quelques réévaluations (non, l’asphodèle fistuleux ou la crassule de Helms ne sont pas des maladies incurables ou honteuses) et aussi des monceaux de découvertes comme celle du lamier, de la molène ou de l’himantoglosse à odeur de bouc (là, on fait d’une pierre deux coups en faisant connaissance à la fois de cette jolie plante violette et de la puanteur de l’animal en question).

Évidemment cela suppose d’aller dans les bois, avec un chien comme prétexte dérogatoire. Mais, dans les bois, on se perd, et pas la peine de compter sur le chien. Quand il me juge complètement égaré, le mien rompt aussitôt l’alliance ancestrale avec l’homme et rentre prestement de son côté. Du coup, retour à la nature et à son mode d’emploi : en pointant la petite aiguille de sa montre vers le soleil, on sait que le sud se trouve quelque part sur le cadran entre celle-ci et midi (quelque part). De toute façon, on finit toujours par tomber sur un chemin ou sur une route, et, comme nous l’a appris Saint-Exupéry, les routes conduisent toujours chez des hommes. Au passage, on redécouvre les saisons et leurs marqueurs. Premier chant de coucou, en Gascogne, le jour du grand discours martial d’Emmanuel Macron ; premiers bourgeons sur la vigne le jour du discours d’Édouard Philippe sur la prolongation du confinement. Alors, l’annonce de la fin de l’épidémie sera-t-elle pour messidor (juin et les moissons), pour vendémiaire (septembre et les vendanges) ou, horreur, pour le retour des grues cendrées ?

Si la nature n’est pas à portée de main, l’autre bonne façon de s’enrichir l’esprit tout en s’aérant, et d’éviter de se laisser aspirer dans le trou noir d’Internet, c’est de lire des romans. Pas des choses cruelles ou sinistres – on est déjà amplement pourvu – mais des romans distrayants qui finissent bien. De préférence des textes qu’il faut lire dans la durée, comme évidemment À la recherche du temps perdu, judicieusement nommé. Cet incontournable de 2 400 pages permet de tenir trois mois à raison de cinq pages par jour. Les pessimistes peuvent attaquer Artamène ou le Grand Cyrus, de Madeleine et Georges de Scudéry, qui peut conduire jusqu’à la fin de l’automne.

Ma recommandation ? L’Amour aux temps du choléra, de Gabriel García Márquez : 450 pages, une forme d’allégresse sarcastique, un happy end et un maximum d’incitation à l’empathie. Les romans ne se contentent pas en effet d’instruire et de distraire, ils procurent aussi une forme de déconfinement psychologique qui stimule l’empathie. Pas inutile par les temps qui courent.

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